Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Omniprésent durant l’été 1998, Jacques Chirac a incarné à sa manière l’euphorie entourant le sacre des Bleus. Entre proximité assumée et bourdes restées célèbres, le président de la République a marqué les esprits. Jusqu’à décocher une phrase pour le moins déstabilisante à l’un des héros de la finale. Une sortie qui, sur le moment, a laissé le principal intéressé sans voix.
Plus encore qu’en 2018, la victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde 1998 a agi comme un puissant ciment national. Emmanuel Petit, Zinédine Zidane, Didier Deschamps et leurs coéquipiers ont porté tout un pays dans un élan de ferveur rare, sous la houlette d’Aimé Jacquet. Dans cette liesse collective, Jacques Chirac, alors chef de l’État, n’a jamais manqué une occasion d’afficher son soutien, que ce soit dans les tribunes, les vestiaires ou lors des célébrations officielles.
Figure centrale de ces festivités, le locataire de l’Élysée a multiplié les apparitions aux côtés des joueurs. Si son enthousiasme a souvent été salué, certaines séquences ont également fait sourire, à l’image de ses hésitations sur les noms des internationaux ou de ses lapsus lors de la garden-party du 14 juillet. Mais une anecdote en particulier est restée gravée dans la mémoire d’un champion du monde.
Présent à l’Élysée après la victoire finale face au Brésil, Emmanuel Petit a vécu un échange pour le moins déroutant avec Jacques Chirac. Des années plus tard, sur RMC Sport, l’ancien joueur d’Arsenal est revenu sur cette scène aussi brève que marquante :
« Quand on était allés à l’Élysée… J’ai des photos avec Jacques Chirac. Il arrive devant moi, enfin plutôt j’arrive devant lui, je lui serre la main, je le salue. Et il me regarde avec le visage ferme, puis il me dit : « Vous, je ne vous aime pas ». Je me dis : « Putain, qu’est-ce que j’ai fait encore ? » (rires) »
Décontenancé, le milieu de terrain n’a eu que quelques secondes pour s’interroger avant que l’ancien président ne dévoile le fin mot de l’histoire, toujours avec ce sens de la formule qui le caractérisait :
« Puis avec le sourire, il ajoute : « C’est parce que ma femme vous adore ! » (rires) »
Joueur clé de la finale avec son but décisif, Emmanuel Petit a ainsi été la cible d’une plaisanterie typiquement chiraquienne, mêlant fausse rudesse et humour appuyé. Une manière pour Jacques Chirac de détendre l’atmosphère tout en laissant planer, l’espace d’un instant, un léger malaise.
Toujours associé aux images de joie et de communion populaire du Mondial 1998, Jacques Chirac a durablement lié son image politique à cet été historique. Entre bourdes, bons mots et sens aigu de la mise en scène, l’ancien président aura su, à sa façon, marquer les esprits… jusque dans un échange mémorable avec Emmanuel Petit.

