À compter du 1er février 2026, le taux du livret A doit être fixé à 1,5 %, sur proposition de la Banque de France, formulée le 15 janvier 2026. Un niveau légèrement supérieur au taux théorique issu de la formule réglementaire, évalué autour de 1,4 %, mais qui entérine une normalisation durable de la rémunération de l’épargne réglementée dans un contexte de reflux inflationniste.

Livret A à 1,5 % : une décision d’équilibre macroéconomique

Le nouveau taux du livret A ne relève pas d’un simple ajustement technique. Il traduit un compromis assumé entre discipline monétaire, financement de l’économie réelle et acceptabilité politique. En théorie, la stricte application de la formule fondée sur l’inflation et les taux interbancaires aurait conduit à un rendement plus faible. La Banque de France a néanmoins proposé 1,5 %, un choix interprété comme un geste d’amortissement envers les épargnants.

Ce relèvement marginal par rapport au calcul automatique n’altère toutefois pas la tendance de fond. Après avoir culminé à 3 % lors du pic inflationniste, le livret A s’inscrit désormais dans un environnement de taux réels redevenus modestes. Pour l’État, l’enjeu est double. D’une part, contenir le coût de la ressource centralisée, largement utilisée pour financer le logement social. D’autre part, éviter une désaffection brutale d’un produit détenu par une majorité de ménages français. Le taux à 1,5 % apparaît ainsi comme un point d’équilibre plus politique qu’économique.

Le livret A, pilier liquide mais improductif du patrimoine

Le livret A conserve des caractéristiques uniques. Défiscalisé, liquide, plafonné à 22 950 euros, il reste un support de trésorerie sans équivalent. Sa diffusion est massive. Près de 57 millions de Français en détiennent un, et son encours global dépasse 440 milliards d’euros. Cette ampleur en fait un outil central de la politique de l’épargne, mais aussi un marqueur des comportements patrimoniaux français.

Cette omniprésence pose question. Le rendement du livret A, même sécurisé, reste structurellement inférieur aux solutions disponibles dès lors que l’horizon d’investissement s’allonge. En pratique, maintenir des montants élevés sur ce support revient à privilégier la liquidité absolue au détriment de la création de valeur. Autrement dit, le livret A protège le capital nominal, mais ne participe plus à sa croissance réelle.

Cette réalité est d’autant plus marquée que l’inflation, bien qu’en net ralentissement, continue d’éroder le rendement net à long terme. Même à 1,5 %, le livret A ne constitue pas une réponse patrimoniale adaptée aux stratégies d’accumulation ou de transmission. Il agit comme un sas de sécurité, non comme un levier.

Le livret A face aux alternatives

Comparé aux autres produits d’épargne, le livret A se situe désormais en bas de l’échelle du rendement. Les comptes à terme offrent des rémunérations supérieures en contrepartie d’un blocage temporaire des fonds. Les fonds en euros de l’assurance-vie, malgré une fiscalité conditionnelle, affichent sur la durée des performances plus attractives, selon les chiffres publiés par la presse spécialisée. Quant aux unités de compte, elles introduisent un risque mesuré, mais aussi un potentiel de rendement sans commune mesure.

Face aux produits d’investissement, le contraste est encore plus net. Actions, obligations d’entreprises, immobilier indirect ou private equity s’inscrivent dans une logique radicalement différente. Ils impliquent volatilité et horizon long, mais sont bien plus efficaces. Dans cette perspective, le livret A apparaît comme un outil d’attente, destiné à absorber les excédents de trésorerie avant allocation.

La fixation du taux à 1,5 % agit donc comme un signal clair. Le livret A peut rester pertinent pour l’épargne de précaution, la gestion du court terme ou le financement indirect de politiques publiques. L’enjeu n’est plus de savoir s’il faut en détenir un, mais combien y laisser sans renoncer à des opportunités de rendement supérieures.

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