<p>Le soir, vous enfilez votre pyjama, vous rêvez sous un ciel azur, vous ressassez un échec au travail (ou au jeu des échecs). Tout paraît très français, presque banal. Pourtant, ces mots ont voyagé pendant des siècles, passant de caravansérail en bazar, avant de se poser tranquillement dans notre vocabulaire quotidien.</p> <p>Les linguistes qui ont décortiqué l’histoire de la langue, du Trésor de la Langue Française informatisé au <em>Dictionnaire historique de la langue française</em>, le confirment : une partie de notre lexique vient directement de l’<a href="https://www.mariefrance.fr/actualite/societe/situation-en-iran-faut-il-craindre-une-hausse-du-prix-de-lessence-a-la-pompe-en-france-1236324.html?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown">Iran</a> et du persan (farsi). Nous parlons donc, sans le savoir, un peu <a href="https://www.mariefrance.fr/news-people/kheiron-jespere-que-ce-sera-bientot-la-fin-du-regime-des-mollahs-lhumoriste-franco-iranien-brise-le-silence-1235852.html?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown">iranien</a> chaque jour grâce à ces <strong>mots français d’origine <a href="https://www.mariefrance.fr/vie-pratique/tapis-persan-le-detail-au-dos-du-tapis-qui-prouve-que-cest-une-contrefacon-90-des-gens-se-font-avoir-1236241.html?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown">persane</a></strong>, dont certains réservent de vraies surprises.</p> <h2>Pyjama, azur, échec : des héritages iraniens très ordinaires</h2> <p>Le français, langue indo-européenne comme le persan, s’est construit par strates. Les travaux autour du <em>Dictionnaire des mots français d’origine arabe (et turque et persane)</em> de <a href="https://www.seuil.com/ouvrage/dictionnaire-des-mots-francais-d-origine-arabe-salah-guemriche/9782020932691?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown">Salah Guemriche</a> montrent que, sur environ 35 000 mots usuels, plus de 4 000 viennent d’autres langues, dont près de 10 % issus du bloc arabe–turc–persan. La linguiste Marie Treps évoque d’ailleurs une cinquantaine de mots spécifiquement persans en usage courant.</p> <p>Parmi eux, quelques vedettes : le <strong>pyjama</strong> vient du persan <em>pāy-jāma</em>, littéralement "vêtement de jambe", passé par le hindi puis l’anglais avant d’arriver en France. <strong>Azur</strong> remonte à <em>lāzhuward</em>, nom du lapis-lazuli et de son bleu intense. Quant à l'"échec" du jeu, il prolonge le persan <em>šāh</em>, "le roi", au cœur de l’expression <strong>échec et mat</strong> issue de "Shāh Māt", où "māt" signifie "abasourdi", "impuissant" ou "vaincu", et non "mort".</p> <h2>Les routes étonnantes de ces emprunts iraniens</h2> <p>Ces mots n’ont presque jamais sauté directement de Téhéran à Paris. Le <strong>kiosque</strong> suit la route turque : persan <em>kūshk</em> "pavillon, petit palais" devenu turc <em>köşk</em>, puis italien, avant le français. L’épinard part de <em>esfenāj</em>, passe par l’arabe puis l’espagnol avant d’atterrir dans nos assiettes. À chaque étape, la forme comme la prononciation se transforment légèrement.</p> <p>On retrouve la trace persane derrière bien d’autres termes familiers :</p> <ul> <li><strong>douane</strong>, issue de <em>dīwān</em>, le bureau où l’on enregistrait taxes et comptes ;</li> <li><strong>caravane</strong> et caravansérail, de <em>kārvān</em> et <em>kārvānsarā</em>, pour les voyages au long cours ;</li> <li><strong>nénuphar</strong> (ou nénufar), lointain héritier de <em>nīlūfar</em>, le lotus bleu ;</li> <li><strong>lilas</strong>, de <em>nīlak</em>, "bleuté", passé par l’arabe puis l’espagnol ;</li> <li><strong>aubergine</strong>, de <em>bādingān</em> via l’arabe et les langues ibériques ;</li> <li><strong>lascar</strong>, du militaire <em>lashkar</em>, devenu "type débrouillard" en français familier.</li> </ul> <h2>Pourquoi on les croit arabes alors qu’ils sont persans</h2> <p>Beaucoup de locuteurs pensent que ces termes sont arabes, car l’arabe a servi de langue-relais majeure pour les sciences, le commerce ou la botanique à partir du VIIe siècle. Les dictionnaires d’autorité comme le TLFi, le <em>Dictionnaire historique de la langue française</em> ou les travaux d’Henriette Walter réattribuent pourtant clairement la racine persane de mots comme azur, <strong>douane</strong> ou nénuphar.</p> <p>Cette circulation s’explique par le prestige durable de la civilisation persane, grande productrice de savoirs, de textiles, de plantes médicinales ou de formes administratives que l’Europe ne connaissait pas. Quand vous enfilez votre pyjama, que vous cherchez un journal au kiosque ou que vous annoncez un "échec et mat" bien placé, vous faites donc résonner, sans y penser, quelques syllabes venues d’Iran.</p> <meta name="original-source" content="https://www.mariefrance.fr/actualite/societe/pyjama-azur-aubergine-la-liste-meconnue-des-mots-francais-empruntes-au-farsi-la-langue-de-liran-1236257.html" /><meta name="syndication-source" content="https://www.mariefrance.fr/actualite/societe/pyjama-azur-aubergine-la-liste-meconnue-des-mots-francais-empruntes-au-farsi-la-langue-de-liran-1236257.html" /><meta name="robots" content="noindex, follow" />
Espace publicitaire · 300×250