« Quel enfer ! Moi je fais l’aller-retour à Caen (Calvados) au moins deux fois par semaine. Là, ça va être une galère indescriptible. Je vais devoir trouver des bus qui prennent des heures ou des BlaBlaCar tous les jours. Et sans qu’on sache combien de temps ça va durer », râle Fabrice, la cinquantaine, en gare de Valognes (Manche), en apprenant que la ligne SNCF reliant Cherbourg (Manche) à Caen (Calvados) est totalement interrompue et ne reprendra pas avant plusieurs semaines.

Tous les trains en provenance de Paris vont s’arrêter à Caen, sans prolonger jusqu’à Cherbourg. Et dans le sens inverse, les voyageurs, en provenance de Cherbourg, Valognes, Carentan, Bayeux, Lison doivent soit prendre un car, soit arriver à Caen par leurs propres moyens.

« Une opération extrêmement délicate »

Cette situation exceptionnelle, qui va compliquer la vie des usagers, s’explique par un accident rarissime survenu ce dimanche 11 janvier. Vers 14h30, un train de marchandises de plus de 600 mètres de long a déraillé, pour des raisons encore inconnues, au niveau de Carentan en centre Manche.

Selon Théophile Foucart, directeur de la communication SNCF Réseau, « c’est un scénario absolument unique qui a entraîné des dégradations considérables : 500 mètres de voies sont totalement à refaire et la caténaire, qui permet l’alimentation électrique des trains, a été arrachée sur près de 100 mètres. Or, avant même d’engager les travaux de réparation, il va d’abord falloir relever le train et ses 17 wagons chargés de 34 conteneurs qui n’ont pas bougé depuis dimanche… Autant dire que c’est une opération extrêmement délicate qui prendra plusieurs semaines au moins. »

« On se retrouve livrés à nous-mêmes »

Et les difficultés des usagers ne s’arrêtent pas là. Car la SNCF n’a pas encore eu le temps de mettre en place des cars correspondant à chaque train supprimé. C’est donc pour l’heure le Système D qui prévaut, concède à demi-mot la direction de l’entreprise : « Nous invitons d’abord tous les voyageurs qui le peuvent à reporter leurs trajets ou à voyager par leurs propres moyens. Ceux qui n’ont pas d’autres solutions sont acheminés au cas par cas par bus, par exemple, entre Caen et Cherbourg. Mais évidemment, il faut s’attendre à des temps de trajets beaucoup plus longs. »

Pour autant, la SNCF s’engage « à mettre en place, dès que possible, des cars correspondant à chaque train supprimé. Nous faisons au mieux, même si nous ne sommes pas en mesure pour l’instant d’annoncer le moment où ces services de substitution programmés seront effectifs. »

Des informations au compte-goutte qui irritent nombre de voyageurs réguliers. En gare de Cherbourg, Juliette, 41 ans, reste perplexe devant l’écran d’affichage des départs et des arrivées, désespérément vide. « Ils pourraient quand même nous en dire plus. On peut comprendre que c’est une situation exceptionnelle. Mais enfin, là, on se retrouve livrés à nous-mêmes. Je n’ai aucune idée de ce que je dois prévoir ou pas dans les semaines qui viennent. Est-ce que je peux quand même prendre des billets ? À partir de quand ? Ou bien, est-ce que je m’organise autrement, comme si cette situation allait durer trois mois ? On n’en sait absolument rien. C’est abusé. Franchement je comprends que certaines personnes soient à cran. Parce qu’il faut dire aussi que ça arrive dans un contexte où on a déjà l’impression qu’il y a deux ou trois incidents ou retards par semaine… »

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