Dans L’école des nouveaux « espions », Nicolas Moinet pose une question simple : où sont passés les espions ? Derrière cette question se joue en réalité un déplacement profond de la nature même de l’espionnage économique. Les espions n’ont pas disparu. Ils ont changé de forme, de fonction et de visibilité.

Pendant longtemps, l’espion renvoyait à une figure clairement identifiable : agent clandestin, opérant dans la dissimulation, transgressant les règles pour s’approprier une information protégée. Cette représentation, largement héritée de la guerre froide, continue d’imprégner les imaginaires. Elle ne correspond pourtant plus à la réalité dominante de la conflictualité économique contemporaine.

Dans son ouvrage, Nicolas Moinet montre que l’espionnage a progressivement quitté les marges pour s’inscrire au cœur des interactions ordinaires de la vie économique, scientifique et universitaire. L’espion n’est plus un personnage extérieur au système, mais un acteur pleinement intégré à ses mécanismes. Cadres, chercheurs, consultants, étudiants ou partenaires industriels participent, souvent sans en avoir pleinement conscience, à des processus de circulation et de captation de l’information stratégique.

Ce changement de visage est central. L’espion moderne n’est plus nécessairement un transgresseur. Il n’agit ni par effraction ni par vol direct. Il observe, il écoute, il contextualise. Il capte des informations ouvertes, fragmentées, apparemment anodines, mais dont la valeur émerge par leur mise en relation. L’espionnage ne repose donc plus principalement sur le secret, mais sur l’intelligence de l’environnement informationnel.

Ce déplacement transforme en profondeur la nature de la vulnérabilité. Celui qui se croit protégé par la seule protection de ses secrets formels peut, en réalité, exposer l’essentiel à travers ses pratiques ordinaires. À l’inverse, celui qui sait identifier les signaux faibles, hiérarchiser l’information et lui donner du sens acquiert un avantage stratégique décisif.

L’auteur insiste ainsi sur un point fondamental : l’espionnage économique contemporain repose moins sur le vol que sur l’asymétrie. L’information existe, circule et reste accessible, mais tous les acteurs ne disposent ni des mêmes grilles de lecture, ni des mêmes capacités d’exploitation. C’est ce déséquilibre cognitif, plus que la transgression juridique, qui constitue aujourd’hui le cœur de la guerre économique.


Couv' Ecole Des Nouveaux Espions N.moinet

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