Après son placement en redressement judiciaire début 2025, thecamp veut stabiliser son modèle économique en accélérant l’accompagnement vers l’intelligence artificielle. Les dirigeants veulent aussi relancer leur projet d’extension.

thecamp est un « ovni » de 12 000 m2 en lisière du massif de l’Arbois à Aix-en-Provence. Autant pour son architecture en forme de soucoupe volante ouverte sur la nature, signée Corinne Vezzoni, que pour son activité de campus d’innovation et de formation dédié à la ville intelligente du futur, tel que l’avait imaginé son fondateur, Frédéric Chevalier, décédé brutalement dans un accident peu avant l’inauguration du site en 2017.

Olivier Mathiot, cofondateur de PriceMinister (devenu Rakuten), reprend la présidence en 2018. Mais l’entreprise ne parvient pas à être rentable. La société est donc placée en redressement judiciaire en 2021, acculée par une dette colossale de 29 millions d’euros, dont 21 millions à rembourser aux collectivités locales et à l’État.

Par ailleurs, la société « perdait entre cinq et sept millions d’euros par an », retrace Stéphane Soto, l’actuel président directeur général de TheCamp.

Malgré cette situation peu reluisante, Stéphane Soto a repris les rênes du campus en 2022 avec un seul et unique investisseur : Kevin Polizzi, patron d’Unitel Group qui venait de vendre Jaguar Network au groupe Iliad. L’entrepreneur marseillais a injecté 50 millions d’euros dont 25 millions provenant d’Unitel Group.

Portrait de Stéphane Soto © Fox’Eye

Les causes du placement en redressement judiciaire

En revanche, le binôme découvre des coûts « plus élevés que ceux annoncés », regrette Stéphane Soto. Soit 10,5 millions au lieu de 6,5 millions. De plus, « les infrastructures n’avaient jamais été entretenues comme le bassin de nage qui avait une pompe d’aquarium, souligne-t-il. Et ce n’est pas une blague ». La remise en état globale a donc coûté 1,2 million d’euros à la nouvelle équipe.

En parallèle, elle est aussi parvenue à stabiliser le modèle économique des différentes activités de thecamp : les deux historiques étant les formations (thecamp Training) et l’organisation de séminaires (thecamp SAS).

Mais aussi les deux nouvelles entités qui sont l’hôtel (thecamp Lodge) et le restaurant (thecamp Food court) qui « sont les plus rentables », souligne Stéphane Soto. Elles réalisent respectivement deux millions d’euros et quatre millions d’euros de recettes, sur 11 millions d’euros de chiffre d’affaires fin 2025.

Mais cela n’a pas suffi à éponger la dette héritée de l’entité thecamp SAS. Les dirigeants ont donc fait appel, une deuxième fois, au Tribunal des activités économiques de Marseille en mars 2025. Néanmoins, la Justice a ouvert une procédure inédite en France, dite de « classes de parties affectées », consistant à alléger une partie de la dette avec les créanciers car le modèle économique était jugé rentable.

TheCamp
Conférence sur la Tech avec Kévin Polizzi © thecamp

Une nouvelle stratégie basée sur l’accompagnement à l’IA

Libérés d’une partie de leur dette depuis le 11 juillet dernier, les dirigeants vont de l’avant. Selon eux, aucun des 100 salariés, internes et externes, n’a été laissé sur le carreau. « Nous avons enfin créé un lieu unique au monde tourné vers l’IA », ose même affirmer Stéphane Soto.

Sur ce volet IA, le dirigeant souhaite accélérer en 2026 pour « passer de l’acculturation des entreprises à l’opérationnel », mais aussi développer les événements professionnels et les festivals. « Nous souhaitons également nouer des partenariats avec de grandes universités internationales en particulier au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est », annonce le PDG.

Sa priorité sera également de s’adresser davantage aux entreprises locales car « thecamp peut paraître élitiste », admet Stéphane Soto. Le campus a, de fait, développé des offres spécifiques moins chères avec la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence pour les attirer.

L’olivier qui pousse au milieu de thecamp

Le projet d’extension toujours d’actualité

Un autre projet reste dans un coin de la tête du binôme : celui d’une extension de 3 800 m2 sur le terrain de sept hectares. Ce projet est dans les cartons depuis 2022. Mais la Ville d’Aix-en-Provence a retoqué le permis de construire l’année dernière « pour des considérations esthétiques ».

Le cabinet d’architecture aixois Quadrarchi proposait un projet d’exosquelette qui venait se greffer au bâtiment actuel de Corinne Vezzoni. « Nous avons entendu les objections de la mairie donc nous allons modifier le projet », assure Stéphane Soto.

Ce bâtiment supplémentaire permettrait d’accueillir simultanément 600 personnes par plateau au lieu de 180 aujourd’hui, pour ainsi augmenter la fréquentation qui s’élève à 160 000 visiteurs par an.

La direction espère obtenir le permis de construire modifié en 2026, après les élections municipales de mars. Elle pourra ainsi lancer le décaissement, puis les travaux dans la foulée, afin d’ouvrir définitivement une nouvelle ère de thecamp que symbolise tant l’olivier planté au cœur du campus.

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