« Est-ce que c’est vrai ? » Ce message, laissé par son frère sur son téléphone, alerte l’abbé Pablo Pico ce jeudi 1er janvier. Curé de la paroisse de Lens (en Suisse), dont dépend le secteur de Crans-Montana, il est rapidement contacté par la police pour accompagner les familles après l’incendie du bar Le Constellation. À ce moment-là, toutes les victimes ne sont pas encore identifiées.
Quatre jours d’angoisse pour des familles suspendues à l’espoir
« Une quarantaine de familles arrivaient, parfois de loin, pour avoir des nouvelles de leurs enfants », témoigne l’abbé. Pendant quatre jours, deux fois par jour, les autorités faisaient un point de situation à des parents suspendus à l’espoir, cherchant à savoir si leurs enfants — âgés pour beaucoup de 14 à 17 ans — étaient vivants, blessés ou décédés.
« Nous vivons une agonie », confiait un père de famille à l’abbé Pico. Le prêtre a été le témoin direct de cette attente écrasante, de cette « chape de plomb » pesant sur des familles « très désemparées », jusqu’à l’identification complète des corps, achevée seulement le dimanche 4 janvier.
« Les émotions s’entrechoquaient : le drame, la tristesse, le déni, le désespoir, la colère, les cris, parfois une forme d’hystérie, mais aussi des moments d’euphorie », raconte l’abbé. L’un des pères, apprenant enfin l’identification du corps de son enfant, lui confie ressentir une étrange euphorie à l’idée de pouvoir le revoir et l’inhumer dignement. « Beaucoup de familles ont choisi l’inhumation, pour ne pas repasser par le feu avec la crémation », observe-t-il.
« Seule la foi peut nous sauver » : au cœur de la détresse, la quête de sens
Durant ces jours à Crans-Montana, un dispositif d’accompagnement exceptionnel est mis en place : salles dédiées, cellules d’écoute psychologique et spirituelle, aumôniers catholiques d’hôpitaux, mais aussi présence de laïcs, d’un pasteur et d’un rabbin.
« Les familles ne venaient pas spontanément vers nous, c’était à nous de les aborder avec une infinie délicatesse », explique l’abbé Pico. Lui qui redoutait colère et rejet de toute parole religieuse a constaté, au contraire, une véritable attente spirituelle. À une mère lui demandant « une parole de la Bible », il propose de méditer sur Marie au pied de la Croix : « Marie a vécu ce que vous vivez ».
Pour ces familles brisées, le chemin de la reconstruction ne fait que commencer.
Peu avant l’annonce officielle du décès de son fils, un père non croyant lui confie : « Seule la foi peut nous sauver ». Des funérailles chrétiennes seront célébrées le lundi 12 janvier. La famille a choisi pour l’évangile le chapitre 3 de saint Jean : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… »
Face au désarroi, l’abbé insiste sur une leçon essentielle : « Il ne s’agit pas tant de parler que d’écouter, sans trop spiritualiser ». Il met en garde contre les paroles hâtives ou maladroites. « C’est Jésus qui console, ce n’est pas nous », rappelle-t-il.
Enfin, la question du mal revient sans cesse. Un grand-père italien d’une victime l’interroge sur la position de l’Église. « La seule réponse, c’est le Christ en croix », répond l’abbé. « Le Christ n’a pas supprimé la souffrance, mais il l’a vécue de l’intérieur ». Pour ces familles brisées, le chemin de la reconstruction ne fait que commencer.
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