Va-t-elle sereinement pouvoir prendre les rênes du pays ? Alors que le président vénézuélien, Nicolás Maduro, a été capturé et exfiltré par des forces américaines, les regards se tournent vers sa vice-présidente Delcy Rodriguez, qui a exigé une « preuve de vie » du chef d’État et de son épouse. Car, selon la Constitution vénézuélienne, c’est elle qui est désormais présidente par intérim en l’absence de Maduro. Portrait.
Âgée de 56 ans, Delcy Rodriguez est vice-présidente du Venezuela depuis 2018. Décrite comme une « figure clé » du régime Maduro par le journal vénézuélien El Nacional, elle occupe aussi la fonction de ministre des hydrocarbures - un portefeuille majeur dans cette nation qui abrite l’une des réserves les plus importantes de pétrole au monde.
Avant d’obtenir ce portefeuille, Delcy Rodriguez a évolué à plusieurs postes du gouvernement de Maduro, à la communication et l’information du pays, aux Affaires étrangères, ou encore en tant que présidente de l’Assemblée nationale constituante vénézuélienne de 2017. Une Assemblée qui était chargée de concevoir une nouvelle constitution pour le pays, mais qui a été rejetée par l’opposition et plusieurs pays étrangers.
Fidèle parmi les fidèles
Ces critiques, elles, n’ont pas inquiété Nicolás Maduro, qui a fermement assumé la nomination de Delcy Rodriguez à la tête de cette Assemblée. Elle a « défendu comme une tigresse la souveraineté, la paix et l’indépendance du Venezuela », avait-il déclaré en 2017.
Fille d’un dirigeant communiste assassiné en 1976 et sœur de l’actuel président de l’Assemblée nationale Jorge Rodriguez, cette ancienne leadeuse étudiante a fait partie du gouvernement d’Hugo Chavez, qui a été pour elle « un rayon de lumière ».
L’avocate de formation, spécialiste du droit du travail français, fait l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne depuis l’élection présidentielle contestée de 2018, qui a maintenu Nicolás Maduro au pouvoir. Elle est depuis interdite d’entrée sur le territoire de l’UE, et ses avoirs européens sont gelés.
L’UE l’accusait alors d’avoir « sapé la démocratie et l’État de droit au Venezuela », et notamment d’avoir « usurpé les pouvoirs de l’Assemblée constituante pour empêcher l’opposition de participer au processus politique ».
Un plan pour l’éviction de Maduro ?
À la fin de l’année 2025, quelques mois avant la capture de Nicolás Maduro, Delcy Rodriguez faisait l’objet de rumeurs dans la presse américaine, affirmant qu’elle avait entamé des négociations avec Washington pour évincer son président, tout en se maintenant au pouvoir.
Le plan, avancé par Associated Press, prévoyait un départ de Nicolás Maduro du pouvoir dans trois ans, pour laisser Delcy Rodriguez lui succéder. Elle aurait ainsi terminé le mandat présidentiel, jusqu’aux prochaines élections prévues en janvier 2031.
Dans ce cadre, Delcy Rodriguez n’était, par la suite, pas candidate à sa succession. Mais le plan, toujours selon l’agence de presse qui cite un responsable américain anonymisé, aurait été refusé par la Maison Blanche.
De leur côté, Nicolás Maduro et Delcy Rodriguez ont fermement contesté ces rumeurs, estimant qu’il s’agissait là d’une tentative de « diviser » le peuple vénézuélien.
Un « plan de défense national » activé
Avec l’exfiltration de Nicolás Maduro, qui doit être déplacé à New York, selon Donald Trump, la charge de diriger le Venezuela revient à Delcy Rodriguez, sa vice-présidente, conformément à la Constitution vénézuélienne.
La nouvelle cheffe de l’État par intérim ne s’est cependant pas encore exprimée publiquement sur ses nouvelles fonctions. Celle-ci serait cependant prête à coopérer avec les États-Unis, a déclaré Donald Trump lors d’une conférence de presse.
Mais la localisation de Delcy Rodriguez, ce samedi, interroge. Selon l’agence Reuters, la vice-présidente vénézuélienne se trouverait actuellement en Russie, après avoir communiqué un message audio sur la télévision d’État vénézuélienne.
« Nous exigeons du gouvernement américain une preuve de vie du président Maduro et de la Première dame. Le président nous avait déjà avertis que cette situation était possible. Le peuple, mobilisé, l’a confirmé. Le président a donné des instructions claires pour que tous les plans de défense nationaux soient activés de concert », a-t-elle déclaré ce samedi.

