Le plan 15 000 places de prison : un échec prévisible

Publié le 17 décembre, l’audit de la Cour des comptes sur le plan « 15 000 places de prison » confirme ce que la situation carcérale laisse entrevoir depuis plusieurs années : un gouffre entre les annonces politiques et leur exécution concrète. Lancé en 2018 pour porter la capacité pénitentiaire à 75 000 places au total en 2027, le plan accumule retards, surcoûts et résultats très en deçà de ses objectifs.

La situation carcérale s’est, en réalité, nettement dégradée. En septembre 2025, la France comptait 84 555 détenus pour moins de 63 000 places, soit une densité de 135 %. Seules 5 411 places ont été livrées, soit à peine 35 % de l’objectif initial. La Cour identifie plusieurs causes à ces retards : lourdeurs des procédures administratives, difficultés liées à la « complexité de l’identification des emprises foncières » et à la « construction immobilière d’envergure », durée des contentieux, aléas de chantier… Le rapport souligne des problèmes de gouvernance et un manque de suivi interministériel.

Ces défaillances sont d’autant plus préoccupantes que le coût du plan a explosé. Estimé à 3,9 milliards d’euros en 2019, il atteint 5,7 milliards en 2025 une hausse de 46 %. Inflation, changements dans la conduite des projets et retards d’exécution ont fragilisé sa soutenabilité financière. En parallèle, le ministère de la Justice a été confronté à d’autres contraintes : vieillissement du parc existant, paiements des loyers dans le cadre des partenariats public-privé (PPP), aménagements des prisons de haute sécurité…

Pour la Cour des comptes, la réorientation engagée depuis 2024 ressemble davantage à une gestion de crise qu’à une stratégie cohérente, notamment d’un point de vue budgétaire. Elle reconnaît que ces ajustements ne permettront pas, à court terme, de résorber la surpopulation carcérale et recommande, entre autres, de « mettre en œuvre des solutions alternatives à l’incarcération » et de hiérarchiser les « opérations immobilières prioritaires ».

Ce rapport dépasse largement la seule question des prisons. Il met en lumière un travers constant de l’action publique française : la croyance dans des plans centralisés, coûteux et symboliques. L’échec persistant du monopole étatique amène à plaider pour une ouverture franche à la privatisation complète de la construction à la gestion des établissements.

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