
Bientôt un an que Donald Trump est installé à la Maison-Blanche. Un premier bilan de son action révèle un volume considérable d’initiatives qui rendent malade la gauche. Hélas, elles ont aussi de quoi alarmer les libéraux et ceux qui croient à l’importance de l’Alliance atlantique.
Donald Trump ose tout. Bombarder l’Iran, détruire l’aile est de la Maison-Blanche, instaurer des taxes, envoyer la Garde nationale dans les villes américaines, couper les fonds publics aux universités jugées « woke », rebaptiser le Golfe du Mexique, et peut-être demain envahir le Groenland. Il ne renonce à aucune de ses lubies. À court terme, seule la Cour suprême pourrait freiner son ardeur et sa conception impériale de la présidence.
À moyen terme, les électeurs américains auront la possibilité de siffler la fin de la récréation MAGA. Les législatives de mi-mandat en novembre 2026 s’annoncent très difficiles, voire humiliantes pour Donald Trump et son parti qui s’est converti au nationalisme en tournant le dos aux quelques idées libérales mises en pratique lors de son premier mandat.
Principal enseignement de onze mois du second mandat de Donald Trump : le président n’écoute que ceux qui le flattent. Il s’est largement entouré de conseillers serviles, notamment ses secrétaires au commerce et à la défense. Scott Bessent, secrétaire au Trésor, et Marco Rubio, secrétaire d’État, certes peuvent parfois le faire changer d’avis en lui rappelant quelques principes de base. Ils ne le font que très discrètement.
La Russie pourrait envahir les pays Baltes et Donald Trump serait capable de trouver à Moscou des circonstances atténuantes
En matière de politique étrangère, 2025 aura été une année noire pour l’Alliance atlantique. Donald Trump refuse de défendre sérieusement l’Ukraine. Il concède à la Russie une sorte de supériorité morale et culturelle, légitimant sa domination sur son ancienne province. Le statut de puissance nucléaire mondiale de la Russie, impressionne la Maison-Blanche, qui feint d’ignorer le signal que sa tolérance envoie à la Chine du président Xi à propos de Taiwan.
Demain, la Russie pourrait envahir les pays Baltes et Donald Trump serait capable de trouver à Moscou des circonstances atténuantes. L’OTAN est donc moins crédible que jamais. À la stupeur des Européens, Washington négocie sans eux avec Moscou. Y compris sur la récupération par la Russie de ses avoirs gelés, et sur la valorisation à venir des ressources naturelles russes grâce aux investissements et à la technologie américaine. Donald Trump rêve de faire des « deals » économiques et commerciaux avec les oligarques russes, au besoin en lâchant l’Ukraine.
Sous l’influence du vice-président JD Vance, Donald Trump s’est officiellement converti à la doctrine selon laquelle l’Europe est un vieux continent de « losers ». A ses yeux, les Européens sont incapables de se défendre militairement. Incapables de créer un véritable espace économique, réglementaire et fiscal unique. Ils mettent en place des systèmes qui interdisent aux partis populistes d’accéder au pouvoir, ce qui revient à truquer la démocratie. Ils maintiennent au pouvoir des technocrates gauchisants et faibles, qui laissent les frontières ouvertes. Ils sont obsédés par la réglementation et la taxation, au point de tuer l’innovation. Ils ont cru à la légende de la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique et ont inventé des normes qui détruisent leurs industries.
Il y a, hélas, beaucoup de vrai dans cette caricature. Mais elle révèle une réalité tragique : Donald Trump ne comprend pas que la défense de l’Europe est nécessaire à la défense des intérêts économiques et culturels de l’Amérique.
En matière d’immigration, le succès du président Trump est (presque) total
Près d’un an après avoir regagné le pouvoir, Donald Trump agit comme si l’Amérique n’avait plus besoin d’amis. La notion « d’allié » est pratiquement vidée de son sens. Le Canada et le Mexique sont traités avec dédain et une volonté délibérée d’humilier. Jamais le président américain n’oserait se comporter ainsi avec les dictateurs au pouvoir en Chine ou en Russie.
En matière commerciale, une série de « deals » boiteux ont été arrachés à des alliés d’hier sous la menace de sanctions punitives probablement illégales. Des droits de douane de 10 à 15%, impensables hier, sont considérés comme normaux, voire avantageux, aujourd’hui par des pays qui, il y a un an, se disaient prêts à livrer une guerre commerciale. Les « deals » négociés sur quelques feuilles de papier, jamais soumis à ratification par le Congrès, n’ont pas de valeur juridique. Ils sont sujets à des interprétations divergentes par leurs signataires. À tout moment Donald Trump peut les dénoncer, sur un coup de tête et de colère. Leur durée dans le temps ne dépassera probablement pas celle de son mandat présidentiel.
En matière d’immigration, le succès du président Trump est (presque) total. En plongeant dans la peur des millions de sans-papiers, pour la première fois soumis à un risque réel d’arrestation et d’expulsion, le chef de l’État MAGA a stoppé le flux des clandestins. Il pense démontrer ainsi que ses prédécesseurs étaient des lâches. Il néglige toutefois au passage les dommages causés à plusieurs secteurs clé, désormais à court de main-d’œuvre : l’agriculture, la restauration et l’hôtellerie en particulier. Sans parler du déchirement de familles certes illégalement installées aux États-Unis, mais par ailleurs majoritairement au travail et respectueuses des lois.
Ce succès répressif est à opposer à son échec complet en ce qui concerne la réduction des dépenses publiques. Le « DOGE » d’Elon Musk s’est révélé un triste exercice de communication et de démoralisation de la fonction publique. Bien peu d’économies durables ont été réalisées par ce prétendu « Département de l’efficacité gouvernementale ». Le limogeage en cascade de hauts fonctionnaires d’agences dites « indépendantes » est à ses yeux un moyen de combattre « l’État profond », système bureaucratique échappant à tout contrôle populaire.
Sans prendre gare à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, en attaquant les fonctionnaires dirigeants des agences « indépendantes », Donald Trump a lancé une campagne agressive, insultante et contre-productive visant la Réserve fédérale. Sa priorité : l’infiltration du comité monétaire de la Fed par des économistes qui abaisseront les taux d’intérêt. Pour l’instant l’économie américaine, dopée par des investissements colossaux dans l’intelligence artificielle, résiste à ces assauts.
Terminons avec la grande surprise de l’année, le retour de la doctrine Monroe : personne n’avait vu venir la priorité stratégique que Donald Trump a imposée, celle de dominer l’Amérique latine. Il soutient l’Argentine, avec des fonds publics américains. Il impose une forme de blocus au Vénézuéla. Il sanctionne le Brésil commercialement, parce qu’il désapprouve le traitement de l’ancien président Bolsonaro. Il coupe l’aide économique à la Colombie. Son pari : Moscou et Pékin laisseront faire, en échange d’une attitude compréhensive de Washington sur les agissements russes et chinois dans leurs propres sphères naturelles d’influence.
Ce premier bilan est très provisoire : le monde n’en a sûrement pas fini avec les frasques de Donald Trump.
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