Baisse du courrier : le Danemark met ses facteurs au chômage, la France invente le facteur à tout faire !

Combien de fois avons-nous écrit sur La Poste ? Il faut dire que le groupe public nous tend régulièrement des verges pour se faire battre. Il a en effet, avec l’appui constant des gouvernements depuis des décennies, cherché à se diversifier à tout prix pour se maintenir en vie. Avec, il faut bien le dire, plus de flops que de franches réussites.

 Alors que le courrier ne représente plus que 15% de son chiffre d’affaires, La Poste continue de maintenir une armée de facteurs (62.000) qui s’attèlent à une foultitude de tâches. Sur son site internet, elle définit le facteur à la fois comme le « référent de la proximité » avec le service « Veiller sur mes parents » et le portage de repas, « l’accélérateur de la rénovation énergétique » des logements individuels avec son offre de diagnostic, l’expert en recyclage des déchets de bureau. Et enfin, s’il lui reste un peu de temps, comme « le pionnier de la logistique du dernier kilomètre », comprendre distributeur de courrier.

C’est ainsi que La Poste n’a réduit ses effectifs que de 8% alors que le volume de courrier traité a baissé de moitié en dix ans.

Tout cela coûte énormément d’argent. Pour assurer le service postal universel, mission que lui confie l’État, La Poste a reçu 2,6 milliards d’euros (Md€) à titre de compensation pour la période 2021-2025.

Cela ne suffit manifestement pas à maintenir un service de qualité – qui n’a pas eu de « surprises » avec La Poste ? Service, qui plus est, de plus en plus onéreux : le prix du timbre vert est passé de 0,68 € en 2015 à 1,39 € cette année (+104%). Il va encore augmenter de 9,35% au 1er janvier 2026, pour s’afficher à 1,52 €.

Diversification à tout-va, subventions en veux-tu en voilà et augmentation exponentielle des tarifs suffiront-ils à sauver La Poste ? La Cour des comptes en doute, estimant que le déficit de l’entreprise publique pourrait atteindre 1 milliard d’euros à l’horizon 2030 !

La Poste profitera-t-elle de l’augmentation du flux de colis ?

Si elle délaisse le courrier, La Poste espère tirer profit de l’augmentation continue du nombre de colis. Selon l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), leur volume en France a augmenté de 18% entre 2020 et 2024, ce qui représente 249 millions de colis supplémentaires distribués. Un marché autrement dynamique que celui de la lettre ou de la carte postale sur lequel les filiales de La Poste (Chronopost, Colissimo, DPD) sont bien présentes, avec encore environ 60% du marché des livraisons aux particuliers.

Il y a longtemps maintenant que La Poste est concurrencée sur la distribution de colis. Dans les années 1980 sont arrivés les FedEx, UPS et DHL (la Poste allemande). Puis les Relais Colis ou Mondial Relay, et Amazon plus récemment. Maintenant, la concurrence vient de Chine.

Dans le sillage des Shein, Temu, TikTok Shop et autres AliExpress se sont engouffrés des transporteurs chinois qui, comme leurs commanditaires, cassent les prix. Gofo Express, qui vient de racheter Cirro Parcel, dispose d’une plateforme de 5.000 mètres carrés à côté de Roissy, capable de traiter 130.000 colis par jour, selon Les Échos. Inconnue en France il y a deux ans, l’entreprise devrait traiter 50 à 75 millions de colis cette année en France, soit 5% à 6% du marché des particuliers.

Et derrière Gofo pointent Cainiao (filiale d’Alibaba) ou JD Logistics. La Poste aura fort à faire pour résister à la déferlante chinoise.

La Poste danoise cesse de distribuer le courrier

Ce sera aussi à n’en pas douter difficile pour PostNord, la Poste danoise, qui se recentre sur la distribution de colis. Mais il se pourrait qu’elle soit mieux armée que son homologue française.

En effet, confrontée elle aussi à la chute drastique du nombre de lettres distribuées (-30% en 2024 par rapport à 2023 ; -90% depuis 2000), PostNord a annoncé qu’elle cessera de distribuer le courrier le 31 décembre 2025.

L’entreprise, fondée il y a 400 ans, est en train de retirer toutes ses boîtes à lettre rouges du territoire danois. Elle va se séparer d’un tiers de ses 4.600 salariés, soit 1.500 personnes. Cependant, elle n’a pas fait le choix, elle, de les reconvertir en porteurs de repas ou en accélérateurs de la rénovation énergétique.

Il faut dire que PostNord, après avoir perdu le monopole de la distribution du courrier, a été vraiment mise en concurrence (contrairement à notre Poste). C’est ainsi qu’elle s’est fait souffler le marché de la distribution du courrier des services publics par DAO, une entreprise privée. Celle-ci s’est d’ailleurs dite prête à renforcer son service de distribution de lettres. On pourra donc toujours envoyer et recevoir des lettres au Danemark.

A vrai dire, la Poste danoise ne fait que suivre les voies qui ont été tracées ces dernières années par ses homologues allemande, néerlandaise ou anglaise qui ont été privatisées. La Poste française, elle, reste à 100% publique. Assurément un lourd handicap alors que la concurrence s’accroît.

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