
Pourquoi l’utopie serait-elle un lieu imaginé pour fonder une société idéale, unifiée et consensuelle ? À cette image de l’île fermée sur elle-même et exclue du monde, ne pourrait-on pas substituer pour figurer l’utopie celle d’un élan, d’une trajectoire, d’une transformation, d’un entre-deux troublé et instable ? C’est la matérialisation de ce changement de paradigme que le recueil Esthétiques du désordre. Vers une autre pensée de l’utopie 1 nous propose à travers dix-sept articles qui évoquent, de manière non exhaustive, un horizon de désirs, des expériences de déconstruction et de décentrement où se jouent de nouvelles représentations de l’utopie. Structuré en cinq parties qui organisent le propos autour d’une onomastique en archipel, « Destitutions », « Résistances », « Terreurs », « Apocalypses », et « Retailles », ce livre propose un pas de côté et offre au désordre la possibilité d’une esthétisation, à travers des lieux réels ou non, des récits, des créations artistiques (littéraires, visuelles ou sonores), ou encore dans la matière et le corps. Pas une esthétique mais des esthétiques. Malgré des connotations destructrices, dont les parties intitulées « Résistances » et « Retailles » viennent adoucir la violence par la possibilité d’un ordre provisoire mais tremblant, les textes nous invitent au dépassement et au chaos comme recherche poétique et visée politique nécessaires à nos « futurités »2. Ainsi, loin de la représentation canonique du genre littéraire éponyme, l’utopie acquiert des frontières floues et s’inscrit dans une dynamique de création. Sa singularité éclate, visible — ou parfois sonore — dans sa monstruosité mais aussi sa fragilité, son caractère tangent, transitoire et éphémère. La question se pose alors de la pérennité de ces démarches et expérimentations, de ces rêves en mouvement, du franchissement de la ligne d’horizon. Faut-il être au plus mal pour envisager un monde meilleur ? L’utopie semble inhérente au désordre et les exemples de stratégies d’installation ne manquent pas dans un ouvrage qui (ré)habilite les minorités, les marges et les lieux imparfaits. Être tout contre : des manifestations artistiques disruptives En effet, la lecture du recueil peut donner l’impression d’une tentative d’épuisement d’hétérotopies possibles, d’études de cas et de variations sur les types de désordre, expérimentés pour les incidences et réactions que ces dispositifs, œuvres artistiques ou manifestations dans l’espace public peuvent provoquer. E
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