Advenir queer dans Viendra le temps du feu de Wendy Delorme
Les questions de temporalité sont au cœur de la pensée queer et suscitent de multiples réflexions depuis plusieurs décennies. L’une des controverses les plus emblématiques de cette tendance remonte à 2005, lors de la convention de la MLA (Modern Language Association), où s’opposaient les défenseurs d’un positionnement queer antisocial et les défenseurs de la relationalité, autrement dit de nouvelles relations sociales (Caserio et al., 2006). Pour les premiers, inspirés notamment par Lee Edelman, auteur de Merde au futur ([2004] 2016), il s’agit de ne pas céder aux pressions sociales qui imposent aux sujets queers de se soucier d’un futur qui fait de la figure de l’enfant à venir et de son bien-être l’objectif central. Puisque ce futur reproductif et hétéronormatif1 stigmatise les formes de socialité alternatives, la thèse antisociale préconise de lutter contre un tel projet de société en embrassant la négation du futur. Même s’ils partagent le diagnostic établi par les antisociaux, les tenants de la relationalité proposent une solution moins radicale qui, chez le penseur José Esteban Muñoz, s’incarne dans ce qu’il appelle « futurity » ou, dans sa version française, l’advenir (Muñoz, [2009] 2021). Contrairement au futur reproductif, l’advenir est défini comme le souci du futur émergeant face à l’insatisfaction du présent. Une telle définition s’applique particulièrement bien aux minorités sexuelles puisque, comme l’explique Muñoz dans Cruiser l’utopie. L’après et ailleurs de l’advenir queer ([2009] 2021), l’identité queer n’est pas encore achevée et constitue plutôt un horizon vers lequel les sujets peuvent s’orienter pour faire face aux difficultés du présent : « Le présent n’est pas suffisant. Il est appauvri et toxique pour les personnes queers et les autres personnes qui ne ressentent pas le privilège de l’appartenance majoritaire, des goûts normatifs et des attentes “rationnelles”. » (Muñoz, [2009] 2021, p. 27.) Il est intéressant de remarquer que si Muñoz semble ici utiliser le terme « queer » dans son acception commune, c’est-à-dire ayant rapport à l’orientation sexuelle, la queerité en tant qu’horizon s’envisage surtout comme une notion temporelle orientée vers le futur (Muñoz, [2009] 2021, p. 1). José Esteban Muñoz montre ainsi que la critique queer du présent, loin d’être uniquement une affaire de sexualité, peut impliquer d’autres aspects minoritaires, notamment dans une perspective intersectionnelle, avec par exemple les « queers of color », aux
Espace publicitaire · 300×250