Le gouvernement indien renonce à l’obligation d’installer sur le téléphone une application de surveillance

Une bonne partie des pouvoirs publics de la planète s’efforce, avec une sorte de gourmandise, de renforcer leur accès aux données personnelles des détenteurs de téléphone portable, autant dire désormais de la grande majorité de l’humanité, pour dessiner un futur presque orwellien. Mais parfois, ils reculent devant les critiques.

C’est ainsi que le gouvernement indien a renoncé mercredi à imposer l’installation sur tous les nouveaux téléphones portables d’une application de cybersécurité qu’il contrôle, accusée de violer la vie privée des usagers. Lundi, le ministère des Communications avait annoncé qu’il donnait quatre-vingt-dix jours à tous les fabricants de téléphones portables vendus en Inde pour installer ce dispositif, destiné à empêcher leur utilisation frauduleuse. Cette mesure a aussitôt suscité une levée de boucliers de l’opposition et de nombreuses ONG, qui ont dénoncé la volonté du gouvernement du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi de mettre sa population sous surveillance.

Baptisé « Sanchar Saathi » (« partenaire de communication » en langue hindie), ce dispositif devait permettre aux usagers de bloquer et repérer leurs téléphones en cas de vol ou de perte et d’identifier toute utilisation suspecte. « Cette mesure transformerait chaque téléphone en une arme que le gouvernement pourrait utiliser contre les journalistes, ses adversaires politiques et toutes les voix dissidentes, s’il le souhaite », a clamé un député d’opposition. « Ce n’est qu’une intrusion pure et simple dans nos appareils », a résumé un défenseur des libertés sur l’internet, Nikhil Pahwa.

Le pays le plus peuplé de la planète – près de 1,5 milliard d’habitants – est aussi l’un de ses principaux utilisateurs de téléphones portables. En 2024, les autorités avaient officiellement recensé 1,16 milliard d’usagers. En août, la Russie a imposé aux fabricants de smartphones l’installation de la messagerie locale Max, dénoncée comme un possible outil de surveillance par les avocats et ONG de défense des libertés.

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