Prime de « Noël » : quid de notre modèle laïc et inclusif ?

Quelques mois après l’allocation de rentrée scolaire, dont le montant s’élève à plus de 400 euros par enfant, les foyers défavorisés – on serait tenté de préciser « français », mais ce n’est pas le cas – vont bientôt recevoir la « prime de Noël », dont le montant est d’environ 230 euros pour un couple sans enfants, et de 440 euros pour une famille avec quatre enfants. Créée en 1998 par le gouvernement Jospin, elle était jusqu’ici versée chaque année à plus de 2,3 millions de foyers bénéficiaires de minima sociaux, principalement le RSA, pour un montant de 466 millions d’euros. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit la suppression de cette prime pour les foyers sans enfants, afin de réaliser une économie de 205 millions d’euros, mesure que LFI a qualifiée d’« ignoble ».

Cependant, ce n’est pas le montant, somme toute modique, de cette prime qui nous interroge et nous inquiète, surtout pour un État français qui n’est vraiment plus à cela près – à titre de comparaison, l’allocation de rentrée coûte 2,6 milliards d’euros. Non, ce qui nous interpelle d’abord ici est le fait que la générosité étatique s’associe aussi étroitement avec la très chrétienne fête de Noël à cette occasion. En effet, n’y aurait-t-il pas là un grave danger pour notre République laïque et pour notre modèle de tolérance et d’inclusion ?

Se peut-il que nos dirigeants se montrent aussi négligents, eux qui ont pourtant bien pensé à débaptiser les vacances de Noël pour leur donner la pudique appellation de « trêve hivernale », à supprimer les crèches des mairies et des places publiques, à renommer les marchés de Noël « marché d’hiver », « fête de l’hiver » ou « voyage en hiver » ? Ils ont encore pris soin de nous souhaiter de « belles fêtes de fin d’année » ou un « bel hiver », en particulier dans les villes où la diversité est importante, afin de ménager toutes les sensibilités.

Mais que font-ils donc de tous ces foyers qui tentent, malgré leurs faibles moyens, de passer un moment festif en famille, qu’ils vont venir ennuyer avec le rappel de traditions religieuses rétrogrades et périmées ? Et surtout, que font-ils de ces familles dont ils vont heurter profondément les convictions, ruinant tous les efforts accomplis pour éloigner leurs enfants de cette fête perverse, des sapins et des cadeaux ? Faire entrer Noël chez eux par le biais détourné de cette prime n’est-il pas un acte néo-colonial qui bafoue leur liberté de conscience et leur identité culturelle ?

Comme « prime de foie gras » ne saurait convenir aux personnes vegan, nous suggérons « prime de chauffage et d’électricité ».

C’est pourquoi il nous apparaît urgent que l’État français, avant d’entreprendre quoi que ce soit d’autre pour l’année à venir, modifie le nom de la prime de Noël afin de le faire correspondre aux réalités présentes, et pour qu’il parle davantage aux gens des choses qui les font rêver. Comme « prime de foie gras » ne saurait convenir aux personnes vegan, nous suggérons « prime de chauffage et d’électricité », une appellation en phase avec le quotidien de nos concitoyens et qui ne devrait choquer personne. Et, quand les temps seront redevenus moins durs, le gouvernement pourra revaloriser cette prime, ou au moins l’étendre aux bénéficiaires de l’AME, car il n’y a vraiment aucune raison pour qu’ils en soient exclus.

Mais trêve de plaisanterie. Cette année, dans la crèche de la Grand-Place à Bruxelles, les traditionnels personnages de la Nativité ont été remplacés par des mannequins en chiffons recyclés, les visages de Marie, Joseph, l’enfant Jésus et des Rois mages ont été effacés au profit d’un quadrillage de tissu beige et brun. Au nom de la diversité des couleurs, l’ »artiste » à la manœuvre a ainsi réalisé des poupées sans visage, dignes d’une vitrine de librairie salafiste : voilà jusqu’où le délire inclusif nous mène.

Face à toutes ces tentatives pour dissoudre l’immense et glorieuse fête de l’espérance et de la charité qu’est Noël, rappelons, en ce premier jour de l’Avent, la signification profonde de cette fête avec le père Emmanuel-Marie, abbé des chanoines de Lagrasse : « En s’incarnant à Noël, Dieu prend un visage et se rend connaissable. L’absolu devient représentable, le transcendant se révèle dans le créé. Le sacré se revêt du vêtement des choses humaines. Sans l’incarnation, de quel droit peindre, chanter ou décrire les choses de ce monde ? Sans cet événement fondateur, comment la représentation serait-elle légitime ? Si l’absolu n’est pas représentable, toute représentation est vaine ou même blasphématoire. Le monde islamique, qui se fonde sur l’incommunicabilité absolue de Dieu, interdit logiquement la représentation divine comme celle du visage humain. Au contraire, si dans la crèche Dieu prend un visage humain, alors nul visage n’est plus indifférent. Tout corps vaut la peine d’être peint, décrit ou chanté […] Si Dieu a voulu naître dans l’humilité de la famille de Nazareth, pauvreté et simplicité ne sont plus réduites à l’insignifiance. Désormais, tout visage porte le reflet du visage humain de Dieu. L’autre n’est plus seulement un individu, un adversaire ou un consommateur. Il porte en lui une part de sacré, la chair reçoit l’empreinte de la ressemblance divine. » (Tribune du Figaro, 23 déc. 2020) Il est bien là, dans cette empreinte divine sur le visage d’un nouveau-né, le véritable don de Noël que toutes les primes du monde ne sauraient acheter, ce don perpétuellement offert à tous les « pauvres de cœur » qui sauront, dans le secret de la sainte nuit, humblement le recueillir.

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