Enlèvements en série au Nigeria : Les chrétiens en première ligne

La peur règne dans le nord du Nigeria. Le 21 novembre, près de 300 personnes, élèves et enseignants, ont été kidnappées dans l’école catholique Saint Mary, au nord-ouest du pays. Trois jours plus tard, le 24 novembre, dix individus ont disparu à la tombée de la nuit dans un village de l’État de Kwara, à l’ouest. Une semaine auparavant, dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 novembre, les ravisseurs avaient visé l’école pour filles de Maga, dans l’État de Kebbi, et enlevé vingt-cinq lycéennes. Selon les autorités, 402 personnes ont été enlevées depuis le 17 novembre, certaines ayant été libérées depuis, dont les jeunes filles enlevées le 17 novembre.

« Le Nigeria a une influence importante sur tout le continent africain », note Amélie Berthelin, responsable du Service information pour l’Aide à l’Église en détresse (AED). Avec 220 millions d’habitants, il s’agit du pays le plus peuplé d’Afrique. Il compte environ 45 % de chrétiens, 45 % de musulmans, et des adeptes de l’animisme. Malgré ses immenses ressources – pétrole, fer, charbon, cuivre –, la population reste très pauvre. Cette fragilité nourrit l’insécurité qui gangrène le pays depuis plus d’une décennie.

Un pays gangréné par des terroristes

Depuis 2009, Boko Haram sème la terreur dans le nord du pays. Et d’autres groupes : l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), des filiales d’Al-Qaïda comme JNIM, et des bandes armées qui profitent du chaos pour enlever et rançonner. À cause de la sécheresse, les éleveurs peuls – musulmans – descendent faire paître leurs troupeaux plus au sud où se trouvent les terres agricoles des chrétiens, provoquant des affrontements. Pour certains, ces violences seraient liées au changement climatique ; pour d’autres, à une volonté d’islamiser le pays et de s’emparer des terres.

Les chrétiens ne sont pas les seules victimes mais ils paient un lourd tribut. Selon des chiffres donnés par le père Isa Emmanuel Saliu lors de la Nuit des Témoins, entre 2015 et 2025, 200 prêtres ont été enlevés, souvent pour obtenir des rançons. Le 17 novembre, le père Bobbo Paschal, prêtre de l’archidiocèse de Kaduna, au nord-ouest du pays, a été kidnappé ; le père Anthony Yero a perdu son frère lors de la même attaque. Les séminaristes ne sont pas épargnés : Emmanuel Alabi, séminariste du petit séminaire de l’Immaculée Conception, dans l’État d’Edo, enlevé le 10 juillet, est mort de faim et de ses blessures. Le jeune Andrew Peter a été assassiné après son enlèvement le 3 mars.

« Les séminaristes savent que c’est extrêmement dangereux pour eux d’être séminariste aujourd’hui. Et pourtant, ils n’ont jamais été aussi nombreux », souligne Amélie Berthelin. Au grand séminaire du Bon Pasteur de Kaduna, ils étaient 250 en 2024 ; ils sont 280 aujourd’hui. « Tous les jours, ils voient la tombe de leur camarade dans leur jardin », confie-t-elle.

Selon l’Index Mondial de Persécution 2025, 3 100 chrétiens ont été tués au Nigeria en un an, sur les 4 476 victimes recensées dans le monde. Depuis 2014, 35 080 chrétiens ont perdu la vie en raison de leur foi dans ce pays d’Afrique.

ONU, États-Unis, Vatican… Des réactions dans le monde entier

Face à cette spirale de violence, les réactions se multiplient. Le 25 novembre, à Genève, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a exhorté Abuja à « prendre toutes les mesures légales nécessaires » pour mettre fin aux enlèvements de masse. La secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, a rappelé que « les écoles doivent être des sanctuaires pour l’éducation, et non des cibles ».

Le 23 novembre, le pape Léon XIV a lancé « un appel pressant pour que les otages soient immédiatement libérés » et a exhorté les autorités à agir. Aux États-Unis, le Nigeria a été requalifié en « Pays de Préoccupation Particulière » en vertu de la Loi sur la liberté religieuse internationale. Donald Trump a accusé les autorités nigérianes de « tolérer les meurtres de chrétiens » par les organisations djihadistes.

Malgré la peur, les communautés chrétiennes refusent de céder. « Ils ont tout perdu, mais ils continuent de dire qu’ils ne renonceront pas au Christ. Ils gardent l’espérance », témoigne le père Isa Emmanuel Saliu. Dans un pays ravagé par la pauvreté et la violence, le courage force le respect. Mais leur survie dépendra de la capacité des autorités – et du monde – à enrayer cette spirale infernale.

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