
Valeurs actuelles. La COP30 s’est achevée voilà quelques jours ; même sans être un expert, on devine qu’elle n’a mené à rien, mais on se trompe peut-être ? Qu’en pensez-vous ?
Samuel Furfari. Il est évident qu’elle n’a mené à rien et il n’était pas difficile de le prévoir. Je pense que si les autorités brésiliennes avaient pu trouver un moyen de ne pas organiser cette COP30 elles l’auraient saisi. Elles ont ensuite essayé par tous les moyens de donner l’illusion d’un succès mais personne n’est dupe.
C’est un accident ou c’est une tendance ?
C’est tout sauf un accident. On s’aperçoit bien au fil des COP que les résultats ne suivent pas, qu’ils sont en décalage complet avec les déclarations tonitruantes des uns et des autres. Du reste si on en est à la trentième COP c’est bien que quelque chose ne fonctionne pas, non ?
Vous suivez ces grands événements depuis trente ans ; à quel moment, selon vous, les COP ont-elles commencé à dérailler ? À Copenhague en 2009 ? Avant encore ?
Plus près de nous il y a clairement eu un tournant à Glasgow, en 2021. Les deux chevilles ouvrières de cette COP26 qu’étaient Franz Timmermans, vice-président de la Commission européenne, et Boris Johnson, alors Premier ministre britannique, voulaient graver dans le marbre le fait qu’il nous fallait absolument réduire la consommation de charbon ; ils se sont heurtés à la Chine et à l’Inde, qui ne voulaient pas en entendre parler. Vous imaginez bien que s’il n’est pas possible de s’accorder ne serait-ce que sur la réduction de la consommation de charbon, on est très loin de toute notion de succès. Après cela les trois COP suivantes ont été organisées en Égypte, aux Émirats-Arabes-Unis et en Azerbaïdjan ! Des pays complètement dépendants des énergies fossiles ! Ça ne se présentait pas très bien…
Maintenant si on remonte au tout début, il faut se souvenir qu’à la COP3, à Kyoto en 1997, d’où est sorti le désormais célèbre « protocole de Kyoto », il n’y avait pas de dirigeants, il n’y avait que des ministres de l’environnement, ou leur équivalent. Ils n’avaient donc aucune difficulté à se mettre d’accord car ils ne pesaient pas forcément les conséquences de leurs actes. Je raconte d’ailleurs dans mon livre que certains se sont fait sévèrement taper sur les doigts en rentrant dans leur pays. C’est pour ne pas laisser leurs ministres prendre des engagements inconsidérés que les chefs d’État se sont progressivement impliqués dans les COP.
Vous écrivez que le rideau se déchire à Copenhague, en 2009.
Au Danemark il y a tout le monde : Obama, Barroso, Sarkozy, Merkel, Gordon Brown ; ils disent en gros « cette fois c’est nous qui sommes à la manœuvre, on va voir ce qu’on va voir ». Et on a vu. C’est-à-dire que les chefs d’État ont découvert le vrai visage de cette question climatique. Le climat, c’était le CO2, c’était l’énergie, c’était la décroissance. Surprise ! Ils ont compris ça et ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas suivre, qu’ils ne pouvaient que faire semblant. Copenhague, c’est la grande bascule.
Dans votre ouvrage vous parlez aussi du « Désaccord de Paris » (COP21, 2015) ; c’est une provocation ?
Pas du tout. La COP21 est incontestablement un succès diplomatique français. Le président Hollande avait besoin de ce succès (même s’il a finalement été insuffisant pour lui permettre de se représenter), il l’a obtenu. Les services diplomatiques se sont démenés pour convaincre les nations de participer et de signer un accord. Naturellement l’accord en question était vide mais ce n’était presque plus le sujet.
Comment pouvait-il être vide sans que cela se voit ?
Il ne s’agissait que d’obligations purement bureaucratiques – des choses inutiles et qui coûtent de l’argent. Il n’y avait rien sur la substance, ou alors du conditionnel. Par exemple on s’engageait à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Très bien. Mais diminuer par rapport à quoi, à quand ? Il fallait une référence. Or chaque pays était libre de la fixer. Le Japon a donc choisi comme référence une année post-Fukushima, où l’électricité était essentiellement produite par ses centrales à charbon ! Avec une référence pareille il ne leur était pas difficile de se montrer vertueux. Et tout était à l’avenant. D’ailleurs depuis 2015 les émissions mondiales de GES ont encore augmenté de 8% et ce malgré le coup de frein de la Covid.
Le ver était-il dans le fruit dès de le départ ? La décarbonation comme seul et unique but n’était-elle pas une illusion mortifère ?
C’est une question délicate. C’est le monde de l’environnement qui, au départ, porte ce sujet du climat, des ressources. Personne n’était pour la pollution, tout le monde était plutôt favorable à des projets qui semblaient aller dans le sens d’une préservation de notre planète. Il y avait un engouement certain. C’est peu à peu que la lumière s’est faite sur la filiation entre Rio 1992, le rapport Brundlandt de 1987, le club de Rome. L’idée de départ est la peur de la croissance. Les COP n’ont jamais été autre chose que le visage de cette peur, de ce rejet. Mais rejeter la croissance, c’était dire à l’Afrique ou à l’Asie : « vous ne vous développerez pas ». Et c’est vite devenu inadmissible, naturellement.
Quel rôle ont joué les médias (notamment européens) dans la dissimulation de ces échecs successifs ?
Ils ont manqué à la décence la plus élémentaire en omettant systématiquement d’expliquer aux gens ce qu’il en était exactement de ces grands rendez-vous et des conséquences que cela pouvait avoir – sur la question énergétique notamment. Ils ont fait taire les voix dissidentes, nous accusant d’être des opposants à la science ou à la planète, ce qui est très grave. C’est une faute déontologique majeure. Vous avez eu du courage, à Valeurs actuelles, mais vous étiez bien seuls.
« Il est temps de tourner la page des illusions climatiques » écrivez-vous : vous voyez ça pour quand ? La COP35 ? Plus loin encore ?
La page est déjà tournée, je pense. Quand le président azéri déclare, en ouverture de la COP29, à Bakou, que les énergies fossiles sont « un don du Ciel », l’affaire est entendue. Que peut-on dire après cela, quels objectifs poursuivre ? En outre les énergies dites renouvelables, auxquelles il était encore possible de croire il y a une vingtaine d’années (j’ai moi-même écrit des directives en ce sens !), ont prouvé qu’elles n’étaient absolument pas à même de supplanter les fossiles de quelque manière que ce soit. En dépit de centaines de milliards de dollars investis, elles ne représentent toujours que 3% de l’énergie primaire mondiale. On ne résoudra rien avec ça – surtout si on se passe en plus du nucléaire !
Précisément le paysage ne change-t-il pas un peu à ce sujet ?
En effet, les choses bougent et c’est heureux. Au fond on ne parle plus des 1,5°C, des 2°C, on ne parle plus vraiment du climat. Ce qui s’impose aujourd’hui, c’est la certitude qu’on ne parviendra pas à diminuer nos émissions de CO2 sans recourir massivement au nucléaire. Tant pis pour les opposants historiques à cette source d’énergie, qui étaient très présents, très actifs au sein des COP. Il faut retenir ce chiffre : depuis Rio, nos émissions ont augmenté de 65% ! On a fait l’inverse de ce qui était préconisé, et on l’a fait largement ! C’est un échec évident mais, et c’est là qu’il faut insister, c’est l’échec d’un processus, d’une idée. Pour le reste ces émissions ont permis à l’humanité de se développer et à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. C’est ça qu’il faut voir, en réalité.
La vérité sur les COP. Trente ans d’illusion, de Samuel Furfari. L’Artilleur, 336 pages, 20 euros.
L’article « Le monde a toujours fait l’inverse de ce que les COP préconisaient », constate Samuel Furfari est apparu en premier sur Valeurs actuelles.








