La France peut-elle perdre 350 000 km² de mer au profit du Vanuatu ?

Petit pays insulaire du Pacifique sud, l’archipel du Vanuatu vient de saisir la Cour internationale de justice à propos de la souveraineté sur deux rochers, les îlots Matthew et Hunter. L’affaire serait cocasse si l’enjeu n’était pas si important. Dépourvu de marine, l’État mélanésien est incapable de se faire respecter dans ses eaux face aux chalutiers pirates chinois et vietnamiens. Inhabités, ces rochers volcaniques portent les noms choisis par les navigateurs britanniques qui les ont découverts à la fin du XVIIIe siècle, le capitaine Gilbert en 1788 et le capitaine Fearn, commandant le baleinier Hunter en 1798. Leur surface est, pour chacune, de quelques dizaines d’hectares. Mais la zone économique exclusive qui leur est rattachée couvre une vaste étendue de 350 000 kilomètres carrés, riches en ressources halieutiques et, sans doute, minières.

Deux rochers pour 350 000 km² de mer

Les atlas de la première moitié du XXe siècle ont attribué ces terres au condominium franco-britannique, en vigueur de 1906 à 1980 aux Nouvelles-Hébrides (aujourd’hui Vanuatu, depuis l’indépendance en 1980) ou à la Nouvelle-Calédonie, l’archipel français, situé à 400 kilomètres à l’ouest.

En 1965, Paris avec l’accord de Londres, obtient le rattachement à son territoire des deux îlots entourés de vapeurs de soufre qu’étudient avec intérêt les scientifiques français. Le service juridique du Quai d’Orsay a établi, en effet, en août 1964, que « la majorité des autorités administratives françaises et étrangères (Australie, Royaume-Uni, États-Unis) » les considèrent comme « se rattachant à la Nouvelle-Calédonie ». La France prend soin dès lors de réaffirmer sa souveraineté à intervalles réguliers. Le patrouilleur La Bayonnaise y dépose deux plaques en décembre 1975. En 1979, puis en 1984, Paris installe sur Matthew une station météo automatique.

En 1980, le Vanuatu revendique les deux îlots

Dès l’indépendance, en 1980, le Vanuatu, où la majorité anglophone s’est emparée du pouvoir aux dépens de la minorité francophone, revendique les îlots, en arguant de liens coutumiers. Paris repousse cette demande en invoquant le principe de droit international de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation. En mars 1983, un éphémère débarquement sur Hunter durant lequel la plaque posée par la France est dévissée et le drapeau du Vanuatu hissé, entraîne une réaction ferme des marins de La Dunkerquoise qui reconduisent hors des limites territoriales le yacht du président du Vanuatu utilisé pour l’opération.

À Paris, le ministre des Relations extérieures, le socialiste Claude Cheysson est clair : « Un raid étranger ne modifiera pas la souveraineté française, a fortiori l’escalade d’une falaise sur un rocher désert. » La délimitation de la frontière maritime entre la France et le Vanuatu reste depuis lors en suspens, même si Fidji, autre pays limitrophe des eaux de la Nouvelle-Calédonie, a entériné la souveraineté française.

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