
Edgar Grospiron passe la main. Le président du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver Alpes 2030 a annoncé ce jeudi 10 septembre son départ, après dix-neuf mois à la tête du projet. Une décision immédiatement actée par le Bureau exécutif, qui ouvre une séquence sensible pour une organisation entrée dans une phase désormais beaucoup plus opérationnelle.
Dans son communiqué, le COJOP a tenu à saluer « l’engagement » de l’ancien champion olympique de ski de bosses, rappelant qu’en moins de deux ans, sous sa présidence, Alpes 2030 a construit son identité, validé ses emblèmes, stabilisé la carte des sites, défini le programme sportif, posé les bases de Jeux plus sobres et conclu plusieurs partenariats structurants. En reconnaissance de ce rôle fondateur, Edgar Grospiron se verra conférer le titre de Membre fondateur.
Mais derrière la formulation institutionnelle d’une « transition choisie, organisée et assumée », le départ traduit aussi les tensions accumulées ces derniers mois autour de la gouvernance du projet. Dans un message publié le même jour, Edgar Grospiron explique tirer les conséquences d’un contexte dans lequel, selon lui, « les conditions ne sont plus réunies » pour poursuivre sa mission. L’ancien président évoque « plusieurs mois de tension au niveau de la gouvernance », tout en refusant d’y voir un simple échec ou un renoncement.
Un mandat court, mais structurant
Nommé en février 2025, Edgar Grospiron avait hérité d’un chantier olympique à très haute intensité. Alpes 2030 doit composer avec un calendrier resserré, un budget contraint, une architecture territoriale complexe et un environnement politique mouvant. Autant de paramètres qui ont pesé sur les premiers mois de structuration du COJOP.
Dans ce contexte, l’ancien champion olympique revendique un bilan de lancement : une vision installée, des emblèmes dévoilés, une carte des sites arrêtée, l’intégration du ski-alpinisme au programme sportif et près de 30% de l’objectif commercial déjà sécurisé. Autrement dit, une première phase de cadrage stratégique menée à marche forcée.
Le COJOP insiste lui aussi sur cette dimension. Edgar Grospiron aura été le visage de l’installation du projet, à la fois auprès des territoires, du mouvement sportif et des partenaires. Son départ intervient au moment où Alpes 2030 doit basculer d’une logique de conception à une logique d’exécution : livraison des sites, contractualisation, modèle économique, organisation opérationnelle et montée en puissance des équipes.
Une gouvernance à stabiliser rapidement
L’enjeu est désormais clair : éviter que ce départ ne fragilise davantage la gouvernance d’un projet déjà observé de près par les acteurs institutionnels, sportifs et économiques. L’Assemblée générale extraordinaire prévue le 14 septembre 2026 devra organiser l’intérim, dans l’attente de la désignation d’une ou d’un nouveau président. Cette séquence sera déterminante. À moins de quatre ans des Jeux, le COJOP n’a plus vraiment le luxe d’une longue période de flottement. Le successeur ou la successeure devra à la fois rassurer les parties prenantes, préserver l’héritage de la phase Grospiron et accélérer sur les sujets d’exécution.
Le profil attendu sera donc autant politique qu’opérationnel. Alpes 2030 a besoin d’une présidence capable de tenir ensemble les collectivités, l’État, le mouvement olympique et paralympique, les fédérations, les sites hôtes et les partenaires privés. La capacité à arbitrer vite, à sécuriser les financements et à maintenir une ligne stratégique lisible sera centrale.
Le précédent Annecy 2018 en toile de fond
Le départ d’Edgar Grospiron renvoie aussi à un épisode déjà connu de son parcours dans l’univers olympique. En 2010, alors qu’Annecy portait la candidature française aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2018, l’ancien champion olympique avait quitté la direction générale du projet, sur fond de désaccords autour de son pilotage.
Le parallèle ne doit pas être forcé. Annecy 2018 était encore une candidature, quand Alpes 2030 est déjà un comité d’organisation chargé de livrer les Jeux. Mais, dans les deux cas, la question de la gouvernance occupe une place centrale. Un projet olympique ne tient pas seulement à la force d’un récit, à la qualité d’un dossier ou à l’énergie de ceux qui l’incarnent. Il repose aussi sur la capacité à aligner durablement les acteurs publics, sportifs et économiques autour d’une même ligne.
L’épisode Annecy 2018 l’avait rappelé avec force. Dans une aventure olympique, les équilibres institutionnels, les rapports de force et la cohésion interne pèsent souvent autant que le projet lui-même. Pour Alpes 2030, l’enjeu est désormais d’une autre nature : les Jeux sont attribués, le compte à rebours est lancé, et la prochaine gouvernance devra rapidement installer de la stabilité, de la méthode et une capacité d’arbitrage claire.
Un départ symbolique à un moment charnière
Pour Edgar Grospiron, cette séquence se veut celle d’un passage de relais. Dans son message, il dit rester « membre fondateur », « amoureux des Jeux et de la montagne » et « fervent supporter » d’Alpes 2030. Le ton est personnel, parfois amer, mais aussi soucieux de préserver le projet. Pour le COJOP, l’urgence est désormais de transformer cette transition en clarification. La première présidence aura permis de donner une identité et une colonne vertébrale au projet. La prochaine devra lui donner un rythme d’exécution, une stabilité politique et une capacité de décision à la hauteur d’un événement olympique et paralympique.
Alpes 2030 avait besoin d’un visage pour naître. Il lui faut maintenant une gouvernance pour livrer.
AJ







