
Face à une recrudescence des fraudes aux arrêts maladie, entreprises et collectivités locales se tournent de plus en plus vers des détectives privés pour vérifier si les absences sont justifiées. Ce phénomène, qui s’est intensifié ces dernières années, soulève des questions sur les méthodes utilisées et les retombées sociales et juridiques des enquêtes.
Une lutte contre la fraude devenue urgente
Les fraudes aux arrêts maladie ont doublé en cinq ans, générant un coût énorme pour l’Assurance maladie et les entreprises. En 2024, leur coût a atteint 628 millions d’euros, confirme BFMTV. Pour tenter de réduire cette dépense, le gouvernement a mis les mesures contre la fraude au programme pour compenser le déficit de la Sécurité sociale.
Différents acteurs – des entreprises, des mairies et des collectivités – font désormais appel aux détectives privés. Parmi eux, Charles-François Chazit, Fabrice Lehmann, Baptiste Pannaud et Bruno Boivin constatent une hausse marquée des missions visant à débusquer les fraudes aux arrêts maladie.
Des enquêtes qui font débat
Les détectives privés utilisent des techniques d’investigation strictes parfois perçues comme trop intrusives. Ils n’hésitent pas à mener des surveillances pouvant durer plus de dix heures pour rassembler des photos « preuves » montrant qu’un salarié, en arrêt maladie, exerce une activité professionnelle de manière irrégulière. Ces éléments sont ensuite transmis aux supérieurs hiérarchiques des agents concernés.
Charles-François Chazit décrit son boulot en parlant de « chasse », précisant au micro de Franceinfo : « C’est un métier de chasseur, ça peut durer très longtemps ». Il évoque ainsi des situations étonnantes, comme celle d’un agent public ordonné en repos pour mal de dos, qui se livrait à du jardinage ou transportait une pelleteuse pour faire des travaux.
Néanmoins, cette pratique déchaîne les critiques. Florent Pina, ancien chef de la police de Messery, dénonce une surveillance « hyper intrusive » et « traumatisante », surtout lorsqu’il a lui-même été suivi par un détective pendant plusieurs semaines.
Chiffres inquiétants et exemples concrets
Entre 2014 et 2022, les arrêts maladie dans la fonction publique ont augmenté de 80 %, et les dépenses d’indemnités journalières ont progressé de 27,9 % entre 2019 et 2023. En 2024, un salarié sur trois s’est absenté au moins une fois pour des raisons de santé.
Plusieurs cas viennent illustrer l’utilisation polémique des détectives privés. À Sevran, le maire Stéphane Blanchet défend leur recours pour des raisons économiques. À Messery, le maire a même été condamné pour harcèlement moral après avoir fait surveiller un policier municipal via un détective privé.
Conséquences juridiques et remous sociaux
Même avec tous ces efforts, les enquêtes menées par les détectives privés aboutissent rarement à des sanctions concrètes. Bruno Boivin regrette que « jamais personne n’a été sanctionné », soulignant ainsi le manque d’efficacité du processus. Ce dispositif tend à gâcher les relations entre employeurs et employés dès qu’une fraude est découverte.
Les avis divergent. François Bayrou affirme que « la moitié des arrêts maladie de plus de 18 mois étaient injustifiés », tandis que Sabrina Ali Benali rejette l’idée d’une fraude généralisée en la qualifiant de « pur fantasme ». Jean-Claude Delgènes critique également le mode de management français, qu’il trouve trop autoritaire.
La question reste de savoir si ces méthodes permettront de freiner réellement la fraude ou si elles attiseront plutôt les tensions dans le monde professionnel. Dans ce débat complexe, il paraît indispensable que toutes les parties continuent de chercher ensemble une solution qui équilibre aussi bien l’efficacité économique que le respect des droits individuels.
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