
Il existe un phénomène étrange dans le débat public français : plus les chiffres sont simples, clairs, vérifiables, plus ils déclenchent une tempête d’indignation. L’exemple le plus récent, 10 % des Français payent 76 % de l’impôt sur le revenu, est intéressant. Ces données proviennent pourtant de l’administration fiscale elle-même, impossible donc de les balayer d’un revers de main. Mais pour une partie du pays, cela reste inacceptable : si les faits contredisent leurs croyances, alors ce sont les faits qui doivent être faux. J’ai publié un article sur le sujet et dans les commentaires trois argument reviennent : « nous les pauvres on paye 33% d’impôts », « les riches le sont devenus en exploitant les pauvres » et « on ne va pas pleurer il leur en reste bien assez ». Retour sur ces arguments.
Les “pauvres à 33 % d’impôts” : anatomie d’un mythe populaire
Depuis la publication de l’article, un argument revient sans cesse dans les commentaires : « Les riches payent 2 %, moi je paye 33 % ! ». On pourrait en rire si ce n’était pas devenu un marqueur inquiétant d’inculture économique. Car ces indignés sont, dans leur immense majorité, des contribuables… qui ne payent pas l’impôt sur le revenu. Leur contribution fiscale se limite à la TVA, comme tout le monde, mais ils omettent soigneusement de tenir compte de leurs aides sociales. Or lorsque l’on perçoit plus d’aides que l’on ne paye de TVA, on ne “contribue” pas : on est bénéficiaire net. Et même en prenant leurs calculs les plus extravagants, on arrive péniblement à 20 % de TVA, jamais au fantasme des 33 % qu’ils martèlent dans les commentaires. À cela s’ajoute un autre oubli très commode : les 10 % des Français qui financent 76 % de l’impôt sur le revenu payent eux aussi la TVA, les taxes sur l’épargne, les prélèvements sociaux, l’impôt sur la fortune immobilière, les taxes foncières, les taxes indirectes sur l’essence, et tout le reste du catalogue fiscal français. Mais l’obsession anti-“riches” est si bien ancrée par des militants se présentant comme universitaires que cette réalité disparaît. Le discours répétitif de Piketty, Zucman et consorts, dont le militantisme assumé brouille toute rigueur, a créé une sorte de religion fiscale : la France pauvre serait écrasée d’impôts, les “riches” pilleraient le pays, et quiconque montre les chiffres est immédiatement suspecté d’ultralibéralisme. Concrètement prenons ce cas d’un français gagnant 2000 euros net par mois marié 1 enfant qui vient de naitre. Il n’est pas imposable sur le revenu. Il perçoit la prime de naissance 1078 € en une fois, la PAJE 190 € par mois, 250 € d’APL par mois (Pour un loyer à 1000 €/mois), une prime d’activité de 180 €, il est aussi possible d’avoir un chèque énergie de 150 €. En résumé, ce contribuable a un salaire de 24 000 € par an et paye (schématiquement car certaines taxes sont plus moins élevées) 4800 € de TVA par an. Parallèlement il reçoit 8668 € d’aides sociales. Donc 4800 €-8668 €= -3868 €. On est bien loin de la fable les plus modeste paient 33% d’impôts. Ce foyer fiscal est bénéficiaire net et c’est très bien. C’est même le principe de ne laisser personne sur le bord de la route même si malgré les aides ça reste un foyer très modeste. La seule chose: arrêtons avec le militantisme de ces prof qui consiste à faire croire à des fables en énonçant doctement du haut de leur autorité universitaire des contre-vérités. La démocratie mérite mieux.
L’éternel raisonnement marxiste : “les capitalistes vivent sur le dos des travailleurs”
Deuxième type de réaction : l’argument marxiste de base, celui qui consiste à dire que, si les plus hauts revenus perçoivent davantage, c’est forcément parce qu’ils captent la “valeur” produite par les autres (La valeur ajoutée). À supposer même que cet argument soit recevable, il ne viserait, par construction, que les détenteurs du capital d’une entreprise. Mais c’est précisément là que le raisonnement s’effondre : l’immense majorité des 10 % de Français qui financent 76 % de l’impôt sur le revenu ne sont pas des entrepreneurs, ni des actionnaires significatifs, mais des salariés. Pas des patrons d’industrie, ni des magnats de la finance, mais des cadres intermédiaires, des ingénieurs, des cadres supérieurs, des chefs de service, bref des travailleurs à revenu élevé qui n’ont rien à voir avec l’image fantasmée du “capitaliste qui vit de la valeur produite par les autres”. Et même lorsqu’il s’agit de véritables entrepreneurs, l’argument marxiste s’éteint aussitôt qu’on le confronte à un exemple concret et universellement compris : l’immobilier. Si vous achetez un studio 50 000 € et que vous le louez 500 € par mois, personne ne juge immoral que vous perceviez un loyer. Personne ne considère que vous devriez prêter gratuitement votre bien au prétexte que le locataire n’a pas les moyens d’acheter un studio. Chacun comprend intuitivement qu’il est normal qu’un capital engagé, un appartement, une entreprise ou n’importe quel actif, génère une rémunération. L’entreprise fonctionne exactement selon cette logique : elle immobilise du capital, elle prend un risque, elle crée de la valeur, et la rémunération du capital fait partie intégrante du système économique. Ce qui rend les indignations encore plus paradoxales, c’est que beaucoup de ceux qui dénoncent “les capitalistes” sont eux-mêmes rémunérés par ce capital : les salariés du privé travaillent dans des entreprises qui existent grâce à l’investissement de leurs propriétaires, et les agents publics sont payés par des impôts financés, en grande partie, par ces mêmes entreprises et les emplois qu’elles créent. Sans entrepreneurs, sans capital, sans entreprises, il n’y a ni salaires, ni emplois, ni services publics, ni redistribution. Il est donc pour le moins incohérent de s’emporter contre le capital tout en vivant, directement ou indirectement, de la richesse qu’il produit. Mais cette incohérence est au cœur d’un imaginaire idéologique figé depuis cent cinquante ans, qui préfère la fable morale à la réalité économique.
“Il en reste bien assez, on peut leur prendre davantage” : l’argument qui nie la liberté
Troisième réaction, peut-être la plus inquiétante : “Ils ont encore assez pour vivre, on peut leur prendre plus.” C’est l’argument qui consiste à redéfinir la propriété privée en fonction du regard jaloux de son voisin. Il faudrait décider, collectivement, de combien quelqu’un “a le droit” de garder pour lui, et ponctionner le reste. Mais dans ce jeu, on est toujours le riche de quelqu’un. Le revenu médian français est d’environ 2000 € nets. Celui qui gagne 2200 € est déjà un “riche”, vu par le bas. Qui voudra expliquer au Français gagnant 2200 € que son voisin à 1800 € peut réclamer “une redistribution complémentaire” ? Et surtout, cet argument fait disparaître deux notions fondamentales : le talent et l’effort. Il y a des gens plus talentueux que d’autres, comme il y a des grands et des petits. Ce n’est pas une injustice : c’est un fait et c’est la nature. Et il y a des gens qui travaillent davantage, acceptent des responsabilités plus lourdes, prennent des risques plus élevés, et sacrifient davantage leur temps et leur liberté pour obtenir un certain niveau de revenu. Punir systématiquement ceux qui travaillent plus au nom de ceux qui souhaitent travailler moins est un modèle qui a un nom : l’égalitarisme par le bas. C’est s’en prendre à la liberté des uns et des autres. À force de faire peser sur les mêmes une pression fiscale toujours plus forte, on finit par assécher ceux qui financent le système. Et les réactions outrées à la moindre statistique montrent bien l’état psychologique d’un pays où l’idéologie a remplacé l’analyse.
Conclusion : la France refuse le débat car elle refuse la réalité
Ce qui choque, au fond, dans les commentaires, ce n’est pas l’ignorance , elle est fréquente, compréhensible, et facilement corrigeable. Ce qui choque, c’est la volonté farouche de rester dans l’erreur. On ne veut ni entendre les chiffres, ni regarder les données, ni interroger ses certitudes. On préfère accuser ceux qui analysent, dénoncer des “ultralibéraux imaginaires”, hurler à la manipulation, plutôt que de simplement comprendre comment fonctionne le pays. C’est le symptôme d’une France fatiguée, fracturée, persuadée que sa colère vaut vérité. Une France qui, face à la complexité, préfère l’indignation au raisonnement. Une France qui refuse de réfléchir et qui refuse, surtout, de se regarder elle-même. Ce qui est grave c’est que certains politiques utilisent ces arguments pour des raisons électorales. Cela s’appelle de la démagogie et c’est le cancer des démocratie.
Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre Newsletter gratuite pour des articles captivants, du contenu exclusif et les dernières actualités.








