
Un flou générique Il est des livres singuliers que l’on peine à classer dans un genre ou une catégorie. Celui de Myriam Watthee-Delmotte, Indemne, Où va Moby-Dick ?, intrigue dès son titre. Les remerciements à Yannick Haenel renvoient à une signification spirituelle du titre. L’indemne est ce qui a échappé à la damnation. Le titre oriente donc vers la défense d’une valeur spirituelle du livre dans un monde au bord du naufrage. Tandis que le sous-titre, à la forme interrogative, laisse planer le doute : s’agit-il d’un essai sur le roman de Melville ? d’une réécriture ? d’une suite ? L’autrice, directrice de recherche du Fonds national de la recherche scientifique belge, professeur émérite de l’université catholique de Louvain, est bien connue pour ses travaux de recherche sur Henry Bauchau, sur les rapports entre littérature et spiritualité, sur littérature et arts de la fin du xixe siècle à nos jours. Elle publie ici une fiction à la structure originale qui a obtenu le prix Malesherbes, le Libraire du roi 2025. Le narrateur n’est autre que celui de Moby-Dick, le roman célèbre d’Herman Melville paru en 1851. Ishmaël raconte d’abord la vie de son auteur, ses échecs, ses espoirs, ses doutes. Puis la destinée du livre auquel il appartient à travers la circulation de celui-ci de mains en mains. Chaque chapitre porte alors le prénom du lecteur que nous allons suivre jusqu’à ce que le livre devienne la possession d’un(e) autre. Ces lecteurs et lectrices sont eux-mêmes soit des personnages de fiction, soit des personnalités réelles, tels Jean Giono ou Yannick Haenel. Le lecteur suit donc la vie d’un exemplaire original du roman de Melville de sa parution à nos jours dans différents pays, essentiellement en France et en Belgique, incluant un passage à Saint-Pétersbourg. La fiction donne à lire des tranches de vie à différentes époques. Si bien que le lecteur suit à la fois l’histoire éditoriale du livre, l’histoire de sa réception dans son pays d’origine et en France, l’Histoire des États-Unis et de l’Europe, dans sa variété et ses vicissitudes. La « grande » Histoire et la « petite » histoire du quotidien des personnages de fiction se mêlent à des moments de la biographie des auteurs réels évoqués, Melville, Giono dans la délicate période de l’Occupation — moment où il décide de se lancer, avec d’autres, dans la traduction et l’édition de Moby-Dick en français —, Yannick Haenel au moment de la naissance de sa vocation d’écrivain au Prytanée militaire de La Flèch
Espace publicitaire · 300×250








