
Il est paradoxal d’inscrire dans des actes qui souhaitent donner une nouvelle actualité à Édouard Bourdet le portrait à charge qu’en dresse sa première épouse. C’est néanmoins suivre le fil de la chronologie et découvrir la jeunesse d’Édouard Bourdet. Catherine Pozzi, dont les écrits portraiturent avec sévérité, voire avec hostilité, l’ami devenu mari, est aussi le témoin privilégié de ses premiers pas dans la carrière de dramaturge. Sources d’un portrait Quels textes laissés par Édouard Bourdet et Catherine Pozzi nous permettent d’entrevoir ce qu’ils furent l’un pour l’autre et l’un contre l’autre ? Nous disposons du journal de Catherine Pozzi, tenu dans sa jeunesse de 1893 à 1906 puis repris en 1913 jusqu’à sa mort ainsi que de sa correspondance : en particulier, pour notre propos, les lettres envoyées par Catherine Pozzi à Marie Jaëll, son professeur de piano, pédagogue audacieuse et vénérée par son élève, et les lettres échangées par Édouard Bourdet avec son épouse. Dans le journal d’adulte édité de Catherine Pozzi, nous trouvons presque deux cents occurrences d’Édouard Bourdet : il est désigné soit par son prénom, soit par les surnoms que lui donnaient à la fois sa famille et son épouse – Baca1 puis Paddy2 –, plus tard par ses prénom et nom quand son mari n’est plus qu’un étranger pour Catherine Pozzi, ou par des surnoms vengeurs quand l’hostilité s’est installée entre eux. Ses talents d’observatrice et son esprit acéré font de Catherine Pozzi une caricaturiste qui excelle dans l’art du portrait sarcastique, soutenu par une invention onomastique redoutable. Maltraiter par les mots et les surnoms ravageurs celui dont elle estime qu’il l’a trahie, tel est l’exutoire de la diariste. Dans son journal, maintes entrées faiblement rétrospectives mentionnent Édouard Bourdet, observé presque sur le vif, et deux passages sont davantage développés, où la diariste, prenant du recul, fait œuvre d’autobiographe, restituant l’histoire de ses rapports avec Bourdet. Le premier se situe au tout début du journal d’adulte : l’entrée, datée du 22 janvier 1913, récapitule sa vie de femme mariée et dresse un bilan amer : Édouard Bourdet – et moi ! Moi, les premiers temps : un cheval stupéfait à qui on veut mettre un mors, là-bas aux Amériques. Tout entier révolté, cabré, ruant : ensuite, soumis en apparence. Édouard, supportant mal ma personnalité enflée, dans mon corps mince dont il n’avait jamais assez ; exaspéré de ce que j’avais lu, pensé, espéré, dit, voulu, exaspéré d
Espace publicitaire · 300×250








