L’arrivée d’Édouard Bourdet, un tournant dans l’administration de la Comédie-Française
Le soir du 14 octobre 1936, à l’issue de la répétition générale de Fric-Frac au théâtre de la Michodière, les journalistes immortalisent une poignée de main entre deux hommes. L’un, Émile Fabre, quitte l’administration de la Comédie-Française après l’avoir exercée pendant vingt et un ans. L’autre est bien sûr Édouard Bourdet, auteur de Fric-Frac, nommé pour lui succéder le 13 août 1936 et qui prend symboliquement ses fonctions à minuit ce 15 octobre. Il a ouvertement pour mission de mener de grands travaux artistiques et administratifs. Sa tutelle politique, le Front populaire, et Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, vont lui en donner les moyens. Néanmoins les projets qu’Édouard Bourdet a pu réaliser ont beaucoup en commun avec des réflexions déjà largement ouvertes par Émile Fabre – certaines depuis son arrivée – mais qui n’ont pu être mises en place sans le soutien indéfectible de la tutelle politique et sans faire plier la société des Comédiens-Français. Il s’agira donc, en revenant sur l’administration de Bourdet et les événements qui l’ont marquée, de dégager ce qui rompt avec la tradition, avec les pratiques en vigueur auparavant, et ce qui résulte de nombreuses années de tentatives de changement et autres réflexions inabouties. La succession Fabre-Bourdet Le Front populaire et la fin de l’administration Fabre Lorsque le Front populaire est élu en mai 1936, la Comédie-Française subit depuis près de dix ans la crise financière et une forme d’inertie artistique et administrative. La situation est aggravée par certains événements marquants comme les procès très documentés d’Huguette Duflos, de Pierre Fresnay, ou d’André Luguet, et surtout par ce que l’on a appelé « l’affaire Coriolan 1 », qui cause, pendant les émeutes antiparlementaires de février 1934, la mise à la retraite forcée de l’administrateur général. Émile Fabre doit son retour à l’incroyable soutien artistique et médiatique qui s’élève immédiatement en sa faveur. Il quitte donc son poste seulement deux ans plus tard, à 67 ans, après plus de vingt ans d’exercice. En 1987, pour le centenaire de la naissance de Bourdet, un hommage lui est rendu à l’Odéon. Pour l’occasion, Pierre Dux revient sur cette époque de jonction entre les deux administrations, alors qu’il était lui-même commissaire aux comptes et avait rendu un sévère rapport artistique et financier dans lequel il décrivait la Comédie comme « dans un état de décomposition avancée » (Dux, 1987)2. Il pointe du doigt le mauvais éta
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