
Édouard Bourdet n’a guère eu de chance avec le cinéma. Pas assez anachronique pour offrir un panorama de la Belle Époque (à la différence de Georges Feydeau, de Robert de Flers et de Gaston Arman de Caillavet), trop impliqué au théâtre (en tant qu’auteur, régisseur, administrateur) pour s’aventurer dans les studios, il n’a eu d’autre choix que de céder les droits de ses pièces en laissant faire1. Dans le meilleur des cas, cela donne Fric-Frac (1939), très libre adaptation par Claude Autant-Lara de la pièce éponyme, où Fernandel reprend le rôle créé à la scène par Victor Boucher. Je voudrais m’attarder sur un exemple moins connu, du moins sur le plan cinématographique : celui du Sexe faible, car il donne lieu à une intéressante déclinaison générationnelle, en passant du théâtre au cinéma et du cinéma, finalement, à la télévision. Plus qu’aucune autre pièce de Bourdet, Le Sexe faible, au départ, contient du cinéma. Dans le style réaliste au carré qui caractérise le Boulevard des finissantes années vingt (celui du Marcel Pagnol de Topaze, ou de l’Henry Bernstein de Mélo), ou, si l’on préfère, dans une tradition naturaliste dédramatisée à l’extrême, l’écriture de Bourdet appelle le réalisme cinématographique comme un prolongement ultime et tout naturel. Pas la moindre poésie, nulle trace de littérature dans cet univers où tout le monde parle comme dans la vie, où chaque drame en puissance est étouffé par des divinités domestiques (la mère maquerelle, le maître d’hôtel). Si l’on veut souligner l’amoralité de cette faune cosmopolite mue par la course éperdue à l’argent, on va seulement, sur un simple mot qui n’est pas d’auteur, faire un tour pour changer d’air. Il y a dans ce théâtre un côté plaque sensible, comme si Bourdet se bornait à enregistrer les mille et un accidents de la vie sociale, d’infinitésimaux glissements de terrain – pour mieux laisser au spectateur la liberté de juger. Affiche du film. Rien qui soit plus cinématographique, a priori, que cette apparence d’objectivité. Quand Robert Siodmak, en 1933, porte à l’écran la pièce créée quatre ans plus tôt, il se souvient peut-être des ambitions sociales de sa première période allemande (inaugurée, l’année de création du Sexe faible, avec un semi-documentaire qui le rendit célèbre : Les Hommes le dimanche). En même temps, il s’inscrit dans un courant de théâtre filmé à la française, qui consiste, en ce début des années trente, à ne retenir d’une œuvre dramatique que ses temps forts, noyés dans un épar
Espace publicitaire · 300×250








