

Les commerçants viennent de s’inviter sur le tard dans la danse. Relativement silencieux jusqu’ici, quoique parfois critiques sous couvert d’anonymat dans nos colonnes notamment, les commerçants et artisans de Noyon entrent aujourd’hui en collision frontale avec leur maire, Sandrine Dauchelle. Dans un communiqué, le conseil d’administration de l’association Avenir (Association des commerçants, industriels et professionnels du Noyonnais) dit vouloir «apporter son soutien entier et total à son président Patrick Gautier». Une réponse à une «communication du cabinet de Madame la maire-présidente, en date du 6 novembre».
Que s’est-il passé ?
Fin octobre et début novembre, plusieurs commerces de Noyon ont été braqués à l’arme de poing. D’autres ont été cambriolés. L’un d’eux a même vu son gérant tabassé dans son propre établissement. Alors que la municipalité restait silencieuse, les réseaux sociaux se sont mis à bruisser d’une vieille rengaine : les caméras de vidéoprotection ne fonctionneraient plus, ce qui entraverait les enquêtes. Dans les colonnes du Courrier picard, Patrick Gautier, président de l’association, évoquait une «défaillance totale» en matière de sécurité, notamment concernant la vidéoprotection. Il détaillait : «D’autres entreprises ont été visées, ainsi que des distributeurs de billets, mais à chaque fois, rien ne bouge. J’en ai moi-même fait l’expérience : la vidéoprotection de Noyon est inexploitable, à tel point que les forces de l’ordre ne sollicitent même plus la lecture des images».
Où en est la vidéoprotection ?
Nous posions déjà la question en septembre 2024. Après des vols et dégradations dans une entreprise de Noyon, un chef d’entreprise doutait du bon fonctionnement des équipements municipaux. La conseillère déléguée à la sécurité, Isabelle Da Silva, niait alors tout dysfonctionnement. Interrogée par l’opposition, elle a réitéré ses propos lors d’un récent conseil municipal. Ces déclarations contrediraient pourtant celles d’anciens cadres de la mairie, qui expliquaient que, faute de paiement du prestataire chargé de la vidéoprotection, les caméras ne fonctionneraient plus ou seraient inexploitable. Encore récemment des sources proches du dossier expliquent «que de nombreuses caméras ne marchent plus.»
Comment réagit la mairie ?
Dans son communiqué, la ville accuse les commerçants de «relayer des fake news», affirmant que «les caméras (…) fonctionnent parfaitement» et qu’elles ont permis d’appréhender un suspect. Selon le cabinet de la maire (Chokri Mastouri, directeur général des services, assurant généralement ces fonctions en l’absence de directeur de cabinet), les propos de Patrick Gautier relèveraient de la «propagande» et auraient «créé l’inquiétude».
Une fracture assumée
Au terme de «propagande», le conseil d’administration d’Avenir répond être «apolitique». Son seul objectif serait «d’aider les professionnels de tous secteurs (…) et, de manière plus large, de favoriser le rayonnement de Noyon et de sa région comme pôle d’attractivité», écrivent ses membres. Concernant «l’inquiétude» que ses propos auraient générée, l’association s’insurge : «Avenir (…) n’a jamais participé à développer des rumeurs susceptibles de mettre en cause la sécurité et les moyens mis en œuvre dans son maintien sur notre territoire», assure-t-elle, rappelant participer «à des réunions régulières sur le sujet».
Sur la vidéoprotection, l’association persiste et signe. «Des questions ont été posées sur leur fonctionnement, sans qu’aucune réponse claire ne nous ait été apportée», écrivent-ils. Alors qu’ils l’avaient réclamée, «la visite du PC sécurité ne s’est jamais faite pour nous apporter des éclairages concrets», insistent-ils. Une visite qui aurait pu, selon eux, apaiser en un coup d’œil les inquiétudes des commerçants.
Que demandent-ils ?
Les commerçants réclament davantage de dialogue avec la municipalité et, surtout, «des actions concrètes». Ils citent notamment «l’encadrement de la présence des gens du voyage», «l’aménagement des zones industrielles de Noyon et Passel» ou encore «la structuration du service de développement économique», un service privé de son directeur depuis l’été 2024.
L’association conclut en annonçant son intention de «solliciter dans les mois à venir» les candidats aux prochaines élections afin de s’assurer que «le développement économique» du territoire «soit au cœur du débat».
Il ne manquait plus qu’eux
Commentaire. Comme un point final à un mandat qui aura fédéré peu à peu, les unes après les autres, toutes les couches de Noyon contre une cible commune, les commerçants s’invitent aujourd’hui à la cohorte des critiques de l’action de Sandrine Dauchelle.
Avant eux il y a eu les agents de la ville et du Pays noyonnais dénonçant les mauvais traitements subis jusqu’à engager des procès et des procédures pénales et administratives ; les associations privées de subventions et pour certaines toujours en conflit ouvert ; les personnes âgées qui s’étaient senties insultées par le colis de Noël distribué l’an passé, et que la maire tente depuis de choyer grâce à un pôle senior et des mesures affichées en leur faveur malgré des hausses de taxes qui, année après année, les ciblent en priorité ; les élus, avec des volte-face parfois spectaculaires tant au Pays noyonnais qu’à la ville dans son propre camp; les autorités enfin, avec une préfecture qui semble lasse de couvrir les initiatives jugées exubérantes de la municipalité.
Et maintenant donc les commerçants : il ne manque plus personne.
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