
Le vent du renouveau souffle sur le point and click, réveillant des œuvres que l’on croyait figées dans le passé, et certaines licences emblématiques en profitent pour renaître. Après l’Amerzone, que l’on vous conseille chaudement, c’est au tour de Syberia de sortir de son sommeil hivernal pour remémorer nos souvenirs et réchauffer nos émotions. Une renaissance inattendue qui promet de raviver la flamme chez les anciens comme les nouveaux joueurs.
Paru en 2002, Syberia s’est imposé comme une référence du jeu d’aventure narratif en point and click, porté par l’univers singulier et poétique de Benoît Sokal. Trois suites ont suivi, dont l’excellent The World Before en 2022, confirmant la place de la saga dans le paysage vidéoludique. Édité par Microïds et développé par Virtuallyz Gaming et Microids Studio Paris, le tout premier volet revient dans une version remasterisée, un pari audacieux visant à moderniser un classique sans en altérer l’âme. Mais, ce retour est-il à la hauteur de son héritage ?
Le retour de Kate Walker
Syberia nous glisse dans la peau de Kate Walker, une avocate new-yorkaise audacieuse et intrépide, envoyée en Europe de l’Est pour conclure la vente d’une célèbre fabrique d’automates. Sa mission la mène à Valadilène, petite bourgade alpine au charme singulier où l’étrange côtoie les appareils mécaniques.

Mais, à peine arrivée, Kate apprend que la propriétaire de la manufacture Voralberg vient de décéder et que l’existence d’un héritier oublié pourrait tout remettre en question. Ce contretemps marque le début d’un périple inattendu, qui va bien au-delà d’une simple transaction juridique. Cette aventure, qui la conduira loin de chez elle, est jalonnée d’automates intrigants, de mystères à résoudre et de rencontres surprenantes.
Une refonte visuelle réussie

Cette version remasterisée bénéficie d’une refonte graphique sous le moteur Unity et tous les environnements ont été entièrement retravaillés, intégrant des séquences en 3D qui lui apportent davantage de profondeur et d’immersion. Le résultat est en effet convaincant, on redécouvre avec plaisir les lieux emblématiques de Syberia, de Valadilène à Aralbad, en passant par Barrockstadt, qui ont tous été revisités, dans une meilleure résolution et avec des textures plus nettes, des effets de lumière soignés ainsi qu’une modélisation affinée des personnages.
A cela s’ajoutent des plans de caméras dynamiques qui viennent également enrichir l’expérience, nous faisant vivre l’aventure sous des angles inédits, ce qui renforce l’immersion sans trahir la mise en scène originale. En outre, la direction artistique, toujours aussi captivante, conserve son mélange envoûtant de steampunk et d’art nouveau, pour notre plus grand bonheur. Ce style visuel singulier, véritable signature de la saga, reste intact malgré les années, préservant l’âme du jeu tout en le rendant plus conforme aux standards actuels.

Une interface modernisée et un gameplay amélioré
De même, l’interface et l’inventaire ont été repensés afin de rendre l’expérience plus fluide et intuitive. Le joueur dispose désormais d’un inventaire pour les objets, d’un classeur pour les documents et même d’un journal de bord pour suivre sa progression. Ces ajouts bienvenus facilitent la navigation et la gestion des objets, ce qui est un vrai plus pour l’expérience du joueur tout en renforçant l’immersion dans l’univers du jeu de façon plus contemporaine.

Côté gameplay, Syberia Remastered reste fidèle à ses racines de point and click avec ses traditionnelles interactions à l’écran. Mais, il est désormais possible de contrôler directement l’héroïne avec des déplacements libres, qui sont donc plus naturels, et une fluidité nettement améliorée. Ce choix modernise l’expérience, tout en conservant l’essence du jeu original avec, au passage, des références à l’Amerzone bien placées.
Les énigmes, véritables piliers de la narration, restent globalement identiques à celles de la version originale, avec juste quelques ajustements. Certaines demandent un peu plus d’observation ou de logique et apportent ainsi un brin de fraîcheur, sans toutefois être insurmontables. On pense notamment à la séquence de fabrication des jambes d’Oscar dans l’usine, qui illustre bien cette volonté d’enrichir l’expérience, mais sans jamais la dénaturer.
Une ambiance et une DA inchangée, pour le meilleur
Signalons également que le scénario, les décors, les doublages et les musiques n’ont pas été modifiés dans ce remaster, ce qui est une bonne nouvelle. On retrouve donc avec plaisir la voix emblématique de Françoise Cadol (inoubliable Lara Croft) dans le rôle de Kate, dont l’interprétation conserve toute sa justesse et son authenticité. Les doublages originaux, loin d’avoir vieilli, participent pleinement à l’identité sonore et émotionnelle que procure Syberia Remastered.

De plus, les compositions musicales, elles aussi inchangées, n’ont rien perdu de leur pouvoir évocateur. A la fois mélancoliques, énigmatiques et parfois presque oniriques, elles accompagnent à merveille notre périple, renforçant cette atmosphère si singulière qui fait tout le charme de Syberia, tout en lui offrant une seconde jeunesse.
Un choix discutable et quelques accrocs

Hélas, tout n’est pas parfait et le point le plus déconcertant reste l’absence totale de retouche des cinématiques, conservées telles quelles depuis la version originale de 2002. Ce choix surprenant crée un contraste saisissant entre les séquences de gameplay modernisées et les vidéos d’époques. Le fossé technique est flagrant et cette alternance entre ces deux styles visuels nuit à la cohérence globale de l’expérience et c’est vraiment dommage.
On peut donc s’interroger sur une telle décision : s’agit-il d’un parti pris assumé, visant à préserver un regard nostalgique, ou bien d’une contrainte liée aux ressources humaines ou financières ? Cela peut à la fois plaire comme déplaire. Certains y verront un hommage respectueux aux origines du jeu, tandis que d’autres, dont nous faisons partie, regretteront que ces séquences n’aient pas bénéficié du même soin que le reste du remaster. Ce décalage visuel trop marqué rompt, par moments, l’immersion et peut laisser un goût d’inachevé nuisant à la qualité globale et ternissant quelque peu le travail, pourtant remarquable, fourni par les développeurs.

De plus, malgré les améliorations apportées, certaines limites techniques subsistent. Les animations faciales restent assez restreintes, offrant un rendu parfois désuet, ce qui contraste avec les environnements retravaillés. De plus, Kate Walker conserve une certaine lourdeur durant les déplacements et il n’est pas rare qu’elle reste bloquée dans des éléments du décor, nous rappelant les mécaniques old school du jeu d’origine. On note aussi quelques défauts d’affichage, comme de l’aliasing et des effets de popping, surtout lors des changements de zones, mais rien de vraiment dérangeant, et nous n’avons rencontré aucun bug entravant.
Syberia Remastered est disponible depuis le 6 novembre sur Xbox Series X|S, PlayStation 5, et sur PC.
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur
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