
On la croyait enterrée, remisée au cimetière des réformes oubliées : la retraite à points. Adoptée le samedi 29 février 2020 devant une Assemblée nationale déserte - Edouard Philippe utilisant l’article 49.3 de la Constitution –, la réforme phare du candidat "Macron 2017" n’aura pas survécu à l’épidémie de Covid. Et voilà, qu’elle refait surface dans les débats alors que la réforme Borne, promulguée en 2023, est en voie de suspension. "C’est un serpent de mer, une sorte d’idéal pour tous ceux qui ont réfléchi à la question du pilotage d’un régime de retraites. Sur le papier, elle permet de la transparence, de la lisibilité et de l’équité", reconnaît l’économiste Bertrand Martinot, conseiller à l’institut Montaigne. Un idéal partagé : en 2017, le libéral Alain Madelin soutenait le projet du futur président tandis que la CFDT applaudissait à tout rompre.
Sauf qu’au bout de deux ans et demi de négociations, la grande réforme systémique se métamorphosait en un texte illisible, boursouflé et surtout incompréhensible pour la majeure partie des Français. Aux antipodes de la promesse initiale. "Le flou sur les modalités de calculs du point, sur sa valeur de service, l’absence de réel instrument de pilotage ou encore le mode de transition qui faisait basculer la quasi-totalité des salariés dans le nouveau régime sont autant d’éléments qui ont fait de cette réforme phare d’Emmanuel Macron une véritable usine à gaz", décortique Eric Weil, ancien conseiller de Laurent Pietraszewski, le secrétaire d’Etat en charge des retraites d’avril 2021 à mai 2022, et auteur de Retraites : un blocage français paru récemment chez Plon.
Et pourtant, aujourd’hui, on entend de nouveau la petite chanson de la retraite à points. "Il y a une autre voie possible", a suggéré le nouveau ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. De la CFDT à la CFTC, en passant par Gabriel Attal ou Dominique de Villepin, tous voient dans la réforme systémique la solution idoine pour sortir du blocage permanent. "Problème : la grande réforme universelle ne résout en rien le déséquilibre financier actuel", observe Bertrand Martinot. C’est bien cet écueil auquel avait été confronté Edouard Philippe, le poussant à mettre en place un "âge pivot" à 63 ans. Il ne suffit pas de fusionner tous les régimes et d’instaurer les mêmes droits pour tous, il faut aussi s’accorder sur des instruments de pilotage : la variation de l’âge de départ en fonction de l’espérance de vie, ou le calcul de la valeur de "service" du point en fonction de l’état des réserves…
D’où l’idée défendue par certains d’un big bang en trois étapes. Remise à l’équilibre du régime actuel puis adoption d’un système à points en instaurant une clause du grand-père, c’est-à-dire en ne faisant basculer dans le système que les nouveaux entrants sur le marché du travail. Et, troisième étage de la fusée, une dose de retraite par capitalisation obligatoire. Irréalisable ? La Suède a fait ce grand saut en 1992… Après une crise des finances publiques historique.


