
Il est des maux qui sont gravés dans l’ADN des nations. Si L’Allemagne est aussi à cheval sur la rigueur budgétaire et l’indépendance de la Banque centrale, c’est qu’elle n’a pas effacé le traumatisme de l’hyperinflation de la République de Weimar au début des années 1920. Un mal que l’Argentine n’a jamais réussi à éradiquer dans la durée depuis quasiment un demi-siècle, quelle que soit la nature des régimes politiques qui se sont succédé. Sauf peut-être, aujourd’hui, sous la baguette de Javier Milei.
L’homme à la tronçonneuse a remporté - contre toute attente – et haut la main les récentes élections législatives avec près de 41 % des suffrages, son parti, la Libertad Avanza, triplant quasiment sa base parlementaire. Si Milei a fait taire les pronostics, ce n’est pas parce que les Argentins plébiscitent ses coupes drastiques dans les dépenses publiques, la santé, les salaires des fonctionnaires ou le financement des universités. Encore moins la hausse du chômage, au plus haut depuis trois ans. C’est parce que leur bouillant président leur offre enfin l’espoir d’une stabilité monétaire. La capacité à se projeter, à mettre de l’argent de côté sans craindre de voir leur pécule se volatiliser avec la valse des étiquettes.
Le taux d’inflation, qui flirtait encore avec les 200 % sur un an en septembre 2024, a été ramené à 31,8 % cet automne. Il pourrait redescendre à 14,5 % l’an prochain et même tomber sous la barre des 10 % dès 2027, d’après les dernières projections du FMI. Un changement radical dans un pays biberonné au péronisme dispendieux et à la hausse des prix galopante, laquelle a pu atteindre dans le passé le niveau stratosphérique de 20 262 % en mars 1990 !
La fin d'une spirale infernale
La cure d’austérité imposée par Javier Milei a cassé cette spirale infernale. Un succès malgré tout fragile. Un retour de l’instabilité politique et c’était la descente aux enfers assurée pour le peso, la Banque centrale ayant puisé massivement dans ses réserves ces derniers mois pour soutenir coûte que coûte le cours de la devise face au dollar.
Or, avec une monnaie en chute libre, le prix de toutes les denrées importées s’emballe d’autant. La mise en garde de Donald Trump et le soutien du Trésor américain dans cette bataille monétaire ont sans doute pesé dans la balance au moment du vote. Des millions d’Argentins ont choisi : l’austérité plutôt que le chaos monétaire. Face aux marchés financiers, Javier Milei s’est offert un peu de temps. Reste à savoir combien.


