
Elon Musk poursuit sa croisade contre les sources d’information mainstream. Le milliardaire a lancé lundi 27 octobre sa propre encyclopédie en ligne, nommée Grokipedia. Développé avec son entreprise xAI, l’outil s’affiche comme une alternative au site Wikipédia, lancé en 2001 et qui cumule aujourd’hui 7 millions de définitions en anglais. Mais celui-ci a été largement critiqué par Elon Musk et de nombreuses figures conservatrices aux États-Unis ces dernières années. La raison ? Des présumés biais idéologiques dans la rédaction des articles en ligne, censés en théorie adopter "un point de vue neutre".
Musk et Wikipédia, de l’adoration à la haine
Le point de vue d’Elon Musk sur Wikipédia a beaucoup évolué en moins d’une décennie. En 2017, il disait en effet "adorer" l’encyclopédie en ligne, appréciant le fait qu’elle "ne cesse de s’améliorer avec le temps". Mais son rapprochement avec la sphère Maga ("Make America Great Again") l’a finalement conduit à revoir sa position et à faire de son combat contre la plateforme un véritable cheval de bataille. Selon lui, Wikipédia serait ainsi contrôlée par des "activistes d’extrême gauche". "Coupez les financements à Wikipédia tant que l’équilibre n’est pas restauré !", tempêtait-il encore en janvier dernier. Il venait alors de découvrir que le site décrivait son geste polémique sur scène lors de l’investiture de Donald Trump comme pouvant être "comparé à un salut nazi ou fasciste".
Lors de ses saillies contre Wikipédia, Elon Musk vise donc en particulier le profil des contributeurs – entièrement bénévoles – aux pages de l’encyclopédie en ligne. Le modèle de son nouveau concurrent, Grokipedia, est bien différent. Il se base sur l’assistant d’intelligence artificielle générative Grok, là aussi créé par Elon Musk et ses équipes. Cette solution est déjà disponible depuis plusieurs mois sur X, ex-Twitter racheté par le PDG de SpaceX en 2022. Si l’algorithme du réseau social fait déjà polémique depuis cette acquisition, Grok a lui aussi suscité la controverse. Conçu comme une alternative à ChatGPT, il a permis à plusieurs reprises la diffusion de fausses informations sur le web, à travers des réponses erronées.
Erreurs et contenu biaisé
Qu’en est-il de Grokipedia ? En arrivant sur le site, l’interface se veut d’abord sobre, avec une simple barre de recherche pour débuter la navigation. Sur la forme, les pages des articles, elles, ressemblent davantage à Wikipédia, avec des notes destinées à retrouver les sources des informations rédigées. Le visuel des textes demeure en revanche compact et peu lisible pour le moment. Des améliorations à ce niveau pourraient bientôt intervenir, car Elon Musk a promis de mettre en ligne une version "dix fois meilleure" que celle actuelle – qui constitue déjà, d’après lui, un "meilleur" portail que Wikipédia.
Sur le fond, le contenu s’avère problématique. Le contexte du lancement de Grokipedia témoigne d’ailleurs de l’aspect politique du projet : la semaine dernière, celui-ci avait été reporté car Elon Musk estimait que l’outil nécessitait "un travail supplémentaire pour purger la propagande" des informations qui y étaient délivrées. "Le but de Grokipedia est la vérité, toute la vérité et rien que la vérité", a pourtant assuré l’homme d’affaires ce lundi sur son compte X.
Une promesse loin d’être remplie, tant le contenu de certaines pages laisse songeur quant à leur objectivité. Celle consacrée à Elon Musk lui-même évoque par exemple des critiques faites à son égard en raison… "des médias traditionnels, qui font preuve de penchants à gauche dans leur couverture". Dans l’article sur Joe Biden, la presse est aussi accusée d’être "souvent aligné [e] sur les institutions démocrates".
Plusieurs erreurs ont également été relevées sur Grokipedia, tout comme des passages similaires au mot près au contenu de Wikipédia. Une conséquence logique, l’IA s’entraînant sur la base des données déjà existantes pour produire des éléments écrits. "L’ironie, c’est que Grokipedia sera construit grâce au travail non rémunéré des éditeurs bénévoles de Wikipédia que Musk s’est donné tant de mal à dénigrer", décrypte le journaliste spécialiste de Wikipédia Stephen Harrisson, cité par le Washington Post.
L’encyclopédie en ligne collaborative est d’ailleurs directement pointée du doigt dans l’article qui lui est dédié sur ce nouveau site internet. "Réputée pour son ampleur sans précédent, son accessibilité et son rôle dans la démocratisation de l’information, Wikipédia a néanmoins rencontré des critiques persistantes concernant la fiabilité des faits, la susceptibilité au vandalisme et aux canulars, et les biais idéologiques systémiques, en particulier une orientation à gauche dans la couverture des personnalités et des sujets politiques", résume ainsi Grokipedia. Une certaine vision de la "vérité"… propre à Elon Musk.


