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« “Je m’engage…” dit Barrès en août 1914. Les bravos couvrirent la suite de la phrase, qu’on n’entendit pas, et qui était : “Je m’engage à écrire, la guerre durant, un article par jour à L’Écho de Paris.” D’où un long malentendu1 ». L’anecdote, tirée des Carnets d’Henry de Montherlant, est bien connue. Si elle marque, selon l’auteur de La Reine morte, le fossé qui a pu séparer Barrès du mobilisé, elle signale néanmoins l’influence que se promettait d’avoir le « rossignol du carnage », selon le mot de Romain Rolland, sur l’esprit des troupes françaises pendant la guerre, et ce par l’intermédiaire de la presse. C’est ce Barrès journaliste que se propose d’étudier Séverine Depoulain dans son étude, tout en limitant strictement son corpus aux articles, critiques et chroniques que Barrès a consacrés à la chose littéraire. Cependant, nous le verrons, ce corpus, que l’on pourrait percevoir d’emblée comme éloigné de l’actualité, n’en entretient pas moins des liens étroits avec le reste de la production barrésienne, y compris avec sa production la plus politique et la plus engagée. La presse comme outil de promotion de soi D’emblée, Séverine Depoulain souligne combien, pour Maurice Barrès, la presse a été un levier d’ascension littéraire et un moyen pour affirmer ses propres orientations esthétiques, allant même jusqu’à parler de « la trajectoire d’un personnage balzacien » (p. 24). Il faut en effet rappeler que, dans ses débuts (entre 1883 et 1888), si Barrès collabore avec de nombreuses revues, il en fonde également une lui-même, Les Taches d’encre, dont il est l’unique rédacteur2. Cette double position de meneur et de collaborateur lui donne une connaissance précise et complète de la vie journalistique et lui permet d’en tirer le meilleur parti. Comme le rappelle Maurice Davanture, cité par Séverine Depoulain, « un chroniqueur n’invente rien, sauf sa manière. Les événements de la vie sont certes imprévisibles, mais les habitudes, les modes, les rites de la vie sociale obéissent à un certain nombre de constantes, auxquelles le journaliste doit obéir lui-même3 ». Barrès l’a parfaitement compris en proposant, sous la forme traditionnelle de la chronique littéraire, des textes qui laissent apparaître un tempérament original. Néanmoins, pour qu’un auteur soit lu, il doit avoir un lectorat, et un lectorat qui puisse lui agréer. Barrès, une fois bien installé dans le paysage littéraire, en vient à définir lui-même ce lectorat, ce qui lui permet de se définir lui-mêEspace publicitaire · 300×250







