
Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 73 ans, Michel Boujenah continue de livrer des confidences rares et souvent très personnelles. Né à Tunis, l’humoriste a longtemps entretenu un lien complexe avec sa terre natale. Récemment, il est revenu sur un voyage chargé d’émotion, qui l’a profondément marqué. Un retour sur les lieux de l’enfance qu’il aurait préféré ne jamais faire.
Figure bien connue du cinéma et du one-man-show français, Michel Boujenah a grandi en Tunisie avant de quitter le pays à l’âge de 11 ans. Un départ vécu comme un arrachement, longtemps enfoui sous les souvenirs et l’affection pour cette terre méditerranéenne. Des décennies plus tard, l’acteur a pourtant pris la décision d’y retourner, presque par hasard, lors d’un séjour professionnel. Une initiative qui s’est révélée bien plus douloureuse que prévu.
C’est au micro de Bernard Montiel, sur les ondes de RFM, que Michel Boujenah a raconté cette expérience marquante. Profitant d’une matinée libre pendant un tournage, il avait choisi d’aller revoir la maison de son enfance, à Tunis. Un geste dicté par la nostalgie, mais dont il garde un souvenir particulièrement amer :
« La dernière fois que je suis allé en Tunisie, c’est pour tourner dans un film et j’avais une matinée de libre. Je suis allé voir ma maison de Tunis. Ça a été terrible. Jamais j’aurais dû y aller. Il ne faut pas toucher aux souvenirs. »
Pour le comédien, le choc a été immédiat. Le temps écoulé, les transformations du quartier et la confrontation entre mémoire idéalisée et réalité ont rendu l’expérience presque insupportable. Michel Boujenah l’expliquait avec lucidité, toujours au cours de cet entretien radiophonique :
« Mais non, tu quittes un endroit quand t’as onze ans et que tu reviens, t’en as 72… crois-moi que ça a changé. C’est sacrément violent. »
Face à ce bouleversement, l’acteur a fait un choix radical, comme une manière de se protéger émotionnellement :
« J’ai décidé d’effacer ce que j’ai vu de ma tête. Ah oui, ce n’était plus chez moi. »
Ce retour douloureux a ravivé des souvenirs bien plus anciens, liés à son départ forcé de Tunisie au début des années 1960. Un exil que Michel Boujenah n’avait jamais vraiment accepté enfant. Il l’avait d’ailleurs raconté avec une grande sincérité sur France 2, lors d’une émission diffusée en 2023 :
« Moi je ne voulais pas quitter la Tunisie, j’ai cassé toutes les fenêtres de la rue où j’habitais avec mon lance-pierre. C’était ma révolte à moi, j’ai arrêté de manger, de dormir… Je me suis rendu malade. »
Avec le recul, l’humoriste a compris les raisons profondes de cette décision familiale, dans un contexte politique et social devenu hostile pour les Juifs tunisiens. Une phrase, prononcée à l’époque à son père, a particulièrement marqué les esprits :
« Mon père, on lui a dit un jour : ‘Pour certains, en ce moment, tu es plus juif que Tunisien.' »
Un souvenir encore douloureux, que Michel Boujenah évoquait sans détour, en reconnaissant la colère qu’il avait longtemps nourrie :
« Je lui en voulais à ce moment-là… j’en voulais terriblement à mes parents ».
Aujourd’hui, ces confidences dessinent le portrait d’un homme apaisé mais lucide, conscient que certains lieux doivent parfois rester intacts dans la mémoire. Pour Michel Boujenah, la Tunisie demeure une terre fondatrice, mais aussi une blessure intime, que le temps n’a jamais totalement refermée.








