La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, disputée à Rabat, n’a pas seulement laissé une trace sportive. Elle a ouvert une séquence de tensions institutionnelles rarement vues à ce niveau. Au-delà de la défaite marocaine, c’est surtout la gestion des dernières minutes qui continue d’alimenter la colère. Interruptions à répétition, tensions en tribunes, joueurs quittant la pelouse : le scénario a viré au cauchemar. Dans la foulée, le communiqué publié par la Confédération Africaine de Football, censé apaiser les esprits, a au contraire cristallisé le sentiment d’injustice côté marocain.
Un communiqué aux mots soigneusement pesés
Dans son texte officiel, la CAF condamne des « comportements inacceptables de certains joueurs et officiels » sans jamais désigner explicitement le Sénégal, pourtant au cœur de la séquence la plus marquante : le refus collectif de reprendre le jeu après une décision arbitrale contestée. Ce choix sémantique irrite profondément le camp marocain. D’autant plus que, quelques jours plus tôt, Samuel Eto’o avait écopé d’une suspension ferme après des incidents bien moins lourds lors de Cameroun–Maroc. Pour Rabat, l’absence de sanction immédiate donne l’impression d’un traitement à géométrie variable.
L’épisode décisif de la 90e minute, avec un but sénégalais refusé pour hors-jeu puis un penalty accordé au Maroc, est quasiment absent du communiqué. L’interruption prolongée, le départ des joueurs sénégalais et la tension extrême dans le stade sont résumés à une simple « baisse de tension ». Même le raté de Brahim Díaz, survenu après plus de vingt minutes d’arrêt, n’est pas contextualisé. Pour beaucoup au Maroc, cette omission revient à neutraliser la gravité d’un boycott sportif déguisé.
Rabat hausse le ton, la CAF sous pression
Face à ce silence, la Fédération royale marocaine de football a publié un communiqué offensif, évoquant des « provocations répétées » et réclamant une enquête « équitable et exhaustive ». Sur les réseaux sociaux, les supporters dénoncent aussi l’absence de référence aux jets d’objets, aux tensions en tribunes et aux tentatives d’envahissement de pelouse imputées au camp sénégalais. Ce flou juridique nourrit la crainte de sanctions différées, voire symboliques.
La CAF a ouvert une enquête disciplinaire et assure vouloir préserver l’apaisement. Mais au Maroc, le mal est fait. Ce revers reste entouré d’un sentiment d’injustice institutionnelle. À l’heure de trancher, l’instance africaine devra choisir entre compromis politique et crédibilité sportive.

