
Figure incontournable des manifestations genevoises, la militante Anne-Cécile Reimann a été condamnée par le Ministère public pour injure et incitation à la haine. Il lui est reproché d'avoir glissé sous la porte d'une galerie d'art des billets antisémites. Des faits qu'elle conteste.
Révélée samedi par Léman Bleu, cette ordonnance condamne Anne-Cécile Reimann à 90 jours-amende avec sursis ainsi qu'à une amende immédiate (3600 francs), à un dédommagement (2500 francs) et aux frais d'avocats ainsi que de la procédure (plus de 37'000 francs). Clamant son innocence, Anne-Cécile Reimann a fait opposition. Un procès devrait avoir lieu ultérieurement.
Les faits décrits dans l'ordonnance pénale remontent à la période des fêtes de fin d'année 2024. Un morceau de papier sur lequel figure une étoile de David dessinée à la main accompagnée des mots "assassins voleurs" est glissé sous la porte de la galerie, dont l'exploitante est de confession juive. En mars 2025, un billet similaire est collé sur la vitrine de cette galerie qui exposait alors des oeuvres d'un photographe juif.
Des images de vidéosurveillance prises en mars 2025 auraient permis d'identifier Anne-Cécile Reimann. Un premier rapport de police constate que l'auteur est bien une dame d'un certain âge, sans qu'il soit possible d'affirmer à 100% qu'il s'agit d'Anne-Cécile Reimann.
Une analyse graphologique conclut qu'il est 200 fois plus probable que l'écriture litigieuse soit de la main d'Anne-Cécile Reimann plutôt que de la main d'un tiers inconnu. Le Ministère public a retenu ces conclusions pour appuyer la condamnation.
"Sous le choc"
"Anne-Cécile Reimann est sous le choc", indique lundi à Keystone-ATS son avocate Clémence Jung. "Cette ordonnance pénale est tombée comme une surprise, car elle est basée sur une vidéo de surveillance privée (floue, agrandie, ralentie et éclaircie par un programme informatique inconnu) où on voit une femme n’ayant pas certaines de ses caractéristiques physiques dont son menton proéminent", souligne-t-elle.
Elle déplore également une ordonnance pénale peu motivée. L'avocate remet aussi en question la méthode utilisée pour l'expertise en écriture. "En dehors de ces aspects de procédure et de droit, sur le fond, elle a toujours condamné les faits comme étant odieux car antisémites, ce qu’elle n’est pas", ajoute l'avocate.
"Si la prévenue souhaite un procès, dont acte", indiquent de leur côté les avocats de la galerie d'art et de son exploitante, Mes Romain Jordan et Ronald Asmar. "Les éléments au dossier sont accablants: cela s'assimile à une fuite en avant", ajoutent-ils.
Hommage public
A 83 ans, Anne-Cécile Reimann est toujours une militante active. Cette ancienne institutrice avait notamment participé à la fin des années 1970 au mouvement antinucléaire. Elle est ensuite régulièrement descendue dans la rue pour défendre de nombreuses causes sociales en brandissant ses célèbres pancartes jaunes aux slogans piquants.
Elle avait reçu en 2024 la Médaille "Genève reconnaissant" décernée par la Ville de Genève. La Municipalité voulait rendre hommage à cette "militante convaincue mais aussi, plus largement, à l'engagement citoyen, un outil essentiel afin de maintenir une démocratie vivante".
Cet article a été publié automatiquement. Source : ats








