Notre expert ès flacons Michel Verlinden s’offre une dégustation qui, au passage, reflète une tendance. Cette semaine: les vins tranquilles multi-millésimes, une réponse très concrète aux secousses du climat.
Témoin attentif des premières secousses du vin naturel en Belgique, Michel Verlinden s’intéresse à tout ce qui se boit, du verjus au vermouth. Il déguste parfois à l’aveugle mais toujours sans œillères.
Le réchauffement climatique rebat les cartes du vin: maturité, acidité et fermentation. Dans ce contexte, les vignerons peu interventionnistes cherchent des solutions simples mais efficaces.
L’assemblage multi-millésimes, une solution ingénieuse
En Bourgogne du Sud, Philippe Valette en a trouvé une, il y a trois ans: assembler plusieurs années. «On a eu des problèmes de sucres résiduels. Il fallait garantir des vins stables», m’explique-t-il. L’idée est née d’un geste anodin: mélanger, en fin de dégustation, les fonds de bouteilles de millésimes différents.
«On trouvait ça vachement intéressant», se souvient-il. Le divertissement a fait place à l’urgence. Certaines cuvées ne finissaient plus leur fermentation, trop riches en sucres fermentescibles pour être mises en bouteille sans risque. En assemblant, les équilibres se recomposent. Une stabilisation s’opère.
Plus souple et intuitif, le procédé dessine une cohérence retrouvée
Cette logique rappelle, de loin, celle des vins de réserve: des volumes d’années précédentes conservés pour apporter régularité et structure. Mais Philippe Valette insiste: il ne s’agit pas d’un système continu comme le solera andalou, cette méthode où l’on soutire chaque année une fraction du vin le plus ancien pour la remplacer par du vin plus jeune, créant une circulation perpétuelle des millésimes.
Une méthode souple et intuitive
Rien de tel ici: plus souple et intuitif, le procédé dessine une cohérence retrouvée. Ce Mâcon-Chaintré, chardonnay pur, montre d’ailleurs à quel point l’assemblage peut restituer une signature régionale malgré des millésimes heurtés. Son multi-millésimes affiche un nez net.
En bouche, je perçois un jus droit, quelque chose de citronné, presque pierreux, qui tranche avec nombre de millésimes solaires récents dégustés ailleurs. « Avec les assemblages, on arrive à faire un vin beaucoup plus typique du Mâconnais», affirme Valette.
Et je dois reconnaître que le vin lui donne raison. L’intéressé rappelle aussi que tout commence à la vigne: à plus de 60 ans, il retravaille aujourd’hui la taille pour redonner de la réserve à la plante, la rendre plus résiliente face au gel et à la sécheresse. C’est beau, un vigneron qui se réinvente.
Mâcon-Chaintré (assemblage 18-22-23), Maison Valette, environ 30 €. basin-marot.be

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