Un simple bouton vert, une question glaçante et des millions de téléchargements en quelques jours. En Chine, une application au concept minimaliste au nom de « T’es mort ? » s’est hissée en tête de l’App Store.

Loin des applications surchargées de fonctionnalités, « T’es mort ? » mise tout sur une idée brute, presque inconfortable. Vérifier chaque jour que l’on est toujours en vie, et prévenir un proche en cas de silence prolongé. Derrière ce concept austère et son humour noir assumé, l’application a trouvé un écho puissant auprès d’une génération de plus en plus connectée… et de plus en plus seule.

« T’es mort ? » affole l’App Store chinois

Le 9 janvier, « T’es mort ? » ou « Si le ma » (死了吗) s’est hissée en tête des téléchargements payants sur l’App Store chinois. L’idée est de demander à l’utilisateur d’appuyer une fois par jour sur un bouton pour confirmer qu’il est toujours en vie.

À la première ouverture, l’utilisateur renseigne son nom et l’adresse e-mail d’un contact d’urgence. Ensuite, chaque jour, il lui suffit de cliquer sur un grand bouton vert posé sur un fond blanc. Si ce geste n’est pas effectué pendant deux jours consécutifs, l’application envoie automatiquement un courriel au contact désigné pour l’inviter à prendre des nouvelles.

Lancée une première fois gratuitement en juin 2025 sur l’App Store sous son nom anglais Are You Dead Yet, « T’es mort ? » est longtemps restée confidentielle. Jusqu’à ce que les réseaux sociaux chinois s’en emparent fin décembre.

Une idée à 200 dollars devenue phénomène

À l’origine de ce succès, on retrouve Guo, membre de la génération Z et cofondateur de l’application avec deux associés. Basée à Zhengzhou, dans la province du Henan, la petite équipe n’a rien d’une start-up surfinancée. Selon Guo, développer l’application n’aurait coûté qu’environ 200 dollars. « Nous n’avons pas ce genre de moyens », confie-t-il au média américain WIRED.

Le déclic serait venu d’un influenceur sur Rednote, une plateforme sociale très populaire en Chine, qui a relayé l’application auprès de sa communauté. Ainsi, « T’es mort ? » est passée d’un quasi-anonymat à la première place des applications payantes du pays en quelques jours seulement, selon les données de Sensor Tower.

Initialement proposée au prix symbolique de 1 yuan (environ 14 centimes), l’application est rapidement passée à 8 yuans, soit un peu plus d’un euro. Je trouve que ce tarif est toujours modeste, d’autant qu’aucun abonnement n’est requis. Guo refuse de communiquer le nombre d’utilisateurs ou les revenus générés. Mais, il affirme que les bénéfices seront réinvestis dans le développement à long terme de la plateforme.

Et bien sûr, l’engouement a aussi attiré l’attention des investisseurs. Plus de 60 d’entre eux auraient déjà contacté l’équipe, certains proposant des millions de yuans pour entrer au capital de la société mère, Moonscape Technologies. Des discussions sont en cours, et une annonce pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Solitude, superstition et polémique autour du nom

Par ailleurs, le succès de « T’es mort ? » repose sur un contexte social bien réel. En Chine, les personnes vivant seules sont de plus en plus nombreuses. En 2024, elles représentaient environ un cinquième des foyers, contre 15 % dix ans plus tôt. Le recensement de 2020 montrait déjà que plus d’un quart des ménages n’étaient composés que d’une seule personne. Si les seniors restent les plus concernés, un nombre croissant de jeunes adultes vivent également en solitaire.

Dans ce contexte, « T’es mort ? » répond à un besoin concret. Puisque cette application est capable de signaler discrètement un problème en cas de silence prolongé. Guo explique d’ailleurs s’être inspiré de la pyramide de Maslow. Selon lui, les besoins de sécurité sont universels et souvent sous-estimés. L’humour noir du nom n’a fait qu’amplifier la visibilité du projet.

Mais ce même nom a aussi suscité de vives critiques. En Chine, la mort reste un sujet tabou, et le mot « si » est évité au point que certains immeubles n’ont ni quatrième ni quatorzième étage. Face aux réactions et dans une optique internationale, les développeurs ont annoncé le 13 janvier un changement de nom. L’application s’appellera désormais « Demumu ». Un clin d’œil marketing mêlant le mot « dead » et Labubu, une peluche chinoise devenue virale.

Ce choix est loin de faire l’unanimité. Sur Weibo, de nombreux fans regrettent la perte d’un titre jugé essentiel à l’identité de l’application. L’un des commentaires les plus likés résume l’état d’esprit général : « Chérie, c’est ton ancien nom qui t’a rendue virale ».

Toutefois, malgré la polémique, l’équipe regarde déjà plus loin. Guo évoque l’intégration prochaine de l’intelligence artificielle, avec l’ambition de transformer l’application en véritable assistant de sécurité personnel.

Cet article T’es mort : l’application ultra-glauque qui fait un tabac en Chine a été publié sur LEBIGDATA.FR.

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