Des chercheurs ont fait tourné des modèles climatiques boostés à l'intelligence artificielle, en vue d'estimer le réchauffement climatique des prochaines décennies. Et le résultat est pire que prévu… Pourquoi faut-il s'en inquiéter ?

L'intelligence artificielle (IA) et ses performances supposées font débat en météo… Mais peut-elle nous aider à mieux jauger le réchauffement climatique en cours et son évolution ? C'est le parti pris d'une équipe internationale de chercheurs, qui a décidé d'intégrer l'IA aux modèles climatiques traditionnels. Et les résultats sont pour le moins inquiétants… Pourquoi ?
L'apprentissage par transfert
Rappelons d'abord le constat actuel et les prévisions établies par le dernier rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) publié en 2021. Sur la période 2011-2020, les températures mondiales se sont établies 1,1°C au-dessus de leur niveau préindustriel, un réchauffement dû à nos émissions de gaz à effet de serre.
According to @CopernicusECMWF's latest data, global temperatures are now 1.4°C above pre-industrial levels.
— World Resources Institute (@WorldResources) January 16, 2026
They could surpass 1.5°C as soon as 2030.
We broke down what it would mean to breach this critical warming threshold: https://t.co/tq0Hwbm2CQ pic.twitter.com/QZQ1sRk1Pz
Depuis 1850, 2400 milliards de tonnes de CO2 (dioxyde de carbone) ont été émises, dont quasiment 50% pendant ces 30 dernières années. Alors que l'Accord de Paris, signé en 2015, prévoit de limiter le réchauffement climatique terrestre à +2°C (et si possible +1,5°C) d'ici 2100, les experts estiment qu'au regard des politiques actuelles peu ambitieuses mises en place, ce réchauffement pourrait plutôt atteindre +3°C !
Mais ces modèles climatiques peuvent-ils être améliorés à l'aide de l'intelligence artificielle, pour ainsi mieux anticiper et prévoir l'augmentation future des températures mondiales ? C'est ce qu'ont tenté de savoir des climatologues de l'université d' État du Colorado, de l'Université de Stanford ( États-Unis) et de l' École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse).
Dans leur étude, publiée dans la revue Environmental Research Letters, ils ont eu recours à la technique de l'apprentissage par transfert, pour tenter d'affiner ces estimations et obtenir des précisions régionales. Cette méthode consiste à utiliser les connaissances apprises et acquises pendant une tâche pour améliorer ensuite les performances sur une tâche de même acabit.
Des seuils franchis plus tôt que prévu !
Les logiciels de ces chercheurs, boostés à l'IA, ont donc fait tourner 10 modèles climatiques différents, pour prédire la hausse à venir des températures d'ici 2100, sur la base des 46 régions du monde telles que découpées par le GIEC. Et le résultat est sans appel et extrêmement inquiétant : tous les seuils sont globalement franchis plus tôt que prévu dans les modèles classiques !
️ 2025, troisième année la plus chaude jamais enregistrée ️ https://t.co/oALsou7DZ2
— Les Echos (@LesEchos) January 16, 2026
Pour la première fois, les trois dernières années ont dépassé le seuil de + 1,5 °C de réchauffement moyen de l'atmosphère au niveau mondial, limite fixée par l'accord de Paris. pic.twitter.com/BldhaO7sgZ
Dès 2040, selon ces prévisions réalisées à l'aide de l'IA, 34 régions sur 46 pourraient ainsi dépasser le seuil de 1,5°C de réchauffement. 26 régions pourraient également, dès 2060 et non dès 2100, dépasser le seuil de 3°C de réchauffement. 40 ans d'avance, c'est énorme, et cela pourrait remettre en question nos politiques de transition vers le zéro carbone, bien trop timides.
Cette méthode pourrait, selon ces scientifiques, ouvrir des portes sur les bouleversements climatiques à l'échelle régionale, où les conséquences du réchauffement climatique sont plus incertaines. Des techniques innovantes pourraient par exemple proposer des prévisions en termes de précipitations, de courants marins et de niveau des mers. Affaire à suivre…
Références de l'article :
E.A. Barnes et al., Environmental Research Letters, 2025. Combining climate models and observations to predict the time remaining until regional warming thresholds are reached.
Futura-Sciences. Une intelligence artificielle analyse les modèles climatiques… et le résultat inquiète.

