<p>Certains disaient qu&#39;il ne s&#39;agissait pas d&#39;un tr&eacute;sor, que ces monnaies avaient simplement &eacute;t&eacute; jet&eacute;es dans le Rh&ocirc;ne. Ils ont eu tort. Quatre mois apr&egrave;s la fin de la derni&egrave;re campagne de fouilles subaquatiques, les arch&eacute;ologues sont en mesure de valider la d&eacute;couverte d&#39;un tr&eacute;sor mon&eacute;taire. &quot;<em>Il y a beaucoup de monnaies dans le Rh&ocirc;ne,</em> conc&egrave;de David Djaoui. <em>Mais ici, la diff&eacute;rence c&rsquo;est qu&rsquo;on a un lot de 600 monnaies dans un cercle de 30 cm de diam&egrave;tre, c&rsquo;est quand m&ecirc;me singulier.</em>&quot; Et surtout, la nouveaut&eacute;, &quot;<em>c&rsquo;est que les premi&egrave;res donn&eacute;es des numismates montrent que ce lot est ultra-homog&egrave;ne, entre 265 et 275 apr&egrave;s J.-C. Du jamais vu pour le numismate qui a &eacute;tudi&eacute; toutes les monnaies trouv&eacute;es dans le Rh&ocirc;ne. Cela confirme que ces monnaies ne sont pas l&agrave; du simple fait du hasard, et qu&rsquo;on est v&eacute;ritablement face &agrave; un tr&eacute;sor.</em>&quot;</p> <p><figure class="image"> <img src="https://medias.objectifgard.com/api/v1/images/view/696a4679eb2f4785b402b0ac/article/image.jpg" alt=""> <figcaption> La derni&egrave;re campagne de fouilles, men&eacute;e du 25 ao&ucirc;t au 3 octobre 2025, avait pour objectif principal l&rsquo;exploration d&#39;&eacute;paves rep&eacute;r&eacute;es lors de pr&eacute;c&eacute;dentes missions.&nbsp;Avec une difficult&eacute; de taille : une visibilit&eacute; de 20 cm. • <strong>Jonàs Forchini, MDAA/CD13</strong> </figcaption> </figure></p> <p>Quid du contenant ? &quot;<em>Un morceau de tissu avait &eacute;t&eacute; &eacute;galement retrouv&eacute;, ainsi qu&#39;un plomb de douane, dans le m&ecirc;me lot, avec le nom d&rsquo;une personne et l&#39;image d&#39;une femme dont la coupe de cheveux correspond au IIIᵉ si&egrave;cle, donc &ccedil;a pourrait aller avec le lot mon&eacute;taire</em>, continue David Djaoui. <em>De l&agrave; &agrave; imaginer que ces monnaies qui forment un ensemble &eacute;taient scell&eacute;es par un plomb de douane dans un sac en tissu : on peut l&rsquo;envisager &agrave; titre d&rsquo;hypoth&egrave;se en &eacute;tant tr&egrave;s prudent. Il y a trois arguments &agrave; cette hypoth&egrave;se : l&rsquo;homog&eacute;n&eacute;it&eacute; du lot, le morceau de tissu et le plomb de douane qui &eacute;tait accroch&eacute; &agrave; un morceau de tissu.</em>&quot; Mais il va encore falloir &ecirc;tre patient, car &agrave; ce stade, seulement un tiers des 600 monnaies a &eacute;t&eacute; restaur&eacute;. Et le travail d&#39;identification risque de prendre encore beaucoup de temps.</p> <p>&Agrave; relire : <a href="https://www.objectifgard.com/gard/arles/arles-un-tresor-monetaire-emerge-des-profondeurs-du-rhone-153473.php">Un tr&eacute;sor mon&eacute;taire &eacute;merg&eacute; des profondeurs du Rh&ocirc;ne</a></p> <p>Jeudi soir, dans l&#39;auditorium du MDAA qui affichait complet, ce sont Sabrina Marlier, attach&eacute;e principale de conservation du patrimoine au Mus&eacute;e d&eacute;partemental Arles antique (MDAA), et Alex Sabastia, adjoint au p&ocirc;le des activit&eacute;s subaquatiques de l&rsquo;Inrap -- deux des quatre codirecteurs de ce projet de recherche collectif avec David Djaoui et Pierre Poveda (CNRS) -- qui sont revenus sur ces r&eacute;centes investigations.</p> <h2>Des d&eacute;couvertes prometteuses</h2> <p>Et parmi les autres trouvailles de la campagne 2025, un calice en fer a particuli&egrave;rement intrigu&eacute; les arch&eacute;ologues. &quot;<em>C&rsquo;est la premi&egrave;re fois qu&rsquo;on trouve un objet pareil,</em> expliquait David Djaoui, quelques heures avant la conf&eacute;rence. <em>On s&rsquo;est m&ecirc;me demand&eacute; s&rsquo;il &eacute;tait antique ou moderne.</em>&quot; Gr&acirc;ce &agrave; des radiographies r&eacute;alis&eacute;es par l&rsquo;entreprise arl&eacute;sienne A-Corros, il a &eacute;t&eacute; confirm&eacute; que le calice est bien en fer pur, sans alliage moderne, ce qui renforce son origine antique. &quot;<em>C&rsquo;est un objet exceptionnel, bien que tr&egrave;s corrod&eacute;. Au sens arch&eacute;ologique du terme, il est complet. Il est tr&egrave;s fragile mais on va essayer de le restaurer. C&#39;est &ccedil;a le Rh&ocirc;ne, il nous offre des objets dont on ne connaissait m&ecirc;me pas l&#39;existence.</em>&quot;</p> <p><figure class="image"> <img src="https://medias.objectifgard.com/api/v1/images/view/696a419ce557fb6eba0606c2/article/image.jpg" alt=""> <figcaption> Gr&acirc;ce &agrave; des radiographies r&eacute;alis&eacute;es par l&rsquo;entreprise arl&eacute;sienne A-Corros, il a &eacute;t&eacute; confirm&eacute; que le calice d&eacute;couvert &eacute;tait&nbsp;bien en fer pur.&nbsp; • <strong>Copyright A-CORROS</strong> </figcaption> </figure></p> <p>Une varangue, cette&nbsp;pi&egrave;ce en bois d&rsquo;environ deux m&egrave;tres, probablement issue d&rsquo;un navire maritime d&rsquo;une vingtaine de m&egrave;tres, figure &eacute;galement parmi les d&eacute;couvertes les plus prometteuses pour percer les myst&egrave;res du port d&#39;Arles dans l&#39;Antiquit&eacute;.&nbsp;La dendrochronologie devrait apporter des r&eacute;ponses pr&eacute;cises sur cette pi&egrave;ce, et les v&eacute;rifications sont d&eacute;j&agrave; en cours du c&ocirc;t&eacute; du bureau d&#39;&eacute;tudes marseillais Ipso Facto. Les arch&eacute;ologues disposent par ailleurs de nombreuses donn&eacute;es, notamment des conserves de bord abandonn&eacute;es par des marins partis des ports de Rome et d&rsquo;Espagne. &quot;<em>Ces vestiges attestent que des bateaux stationnaient ici,</em> explique David Djaoui. <em>Les retrouver dans le Rh&ocirc;ne signifie qu&rsquo;ils provenaient de navires capables de remonter le fleuve.</em>&quot;&nbsp;Or, jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, aucun bateau de ce type n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; identifi&eacute; pour la p&eacute;riode allant de la fin du Ier au d&eacute;but du IIe si&egrave;cle. &quot;<em>Et c&rsquo;est justement en effectuant un sondage, presque par hasard, que nous sommes tomb&eacute;s sur cette varangue</em>, poursuit-il. <em>Elle correspond exactement &agrave; ce que nous avions imagin&eacute; : un bateau de 20 m&egrave;tres. J&rsquo;esp&egrave;re qu&rsquo;elle datera de la fin du Ier ou du d&eacute;but du IIe si&egrave;cle.</em>&quot;&nbsp;Sabrina Marlier abonde dans son sens : &quot;<em>Que ce soit par sa forme ou par son contexte, c&rsquo;est tout &agrave; fait plausible.</em>&quot;</p> <p><figure class="image"> <img src="https://medias.objectifgard.com/api/v1/images/view/696a4452f9142e941a031852/article/image.jpg" alt=""> <figcaption> La varangue d&eacute;couverte lors d&#39;un sondage est une pi&egrave;ce de charpente transversale d&rsquo;un bateau maritime antique (dont la datation reste &agrave; pr&eacute;ciser) d&rsquo;environ&nbsp;20 m&egrave;tres.&nbsp; • <strong>Lionel Roux, Aix Marseille Université, CNRS, CCJ</strong> </figcaption> </figure></p> <h2>Une quinzaine de nouvelles &eacute;paves ?</h2> <p>Pi&egrave;ce apr&egrave;s pi&egrave;ce, les arch&eacute;ologues reconstituent le puzzle. Et dans leur qu&ecirc;te, ils peuvent d&eacute;sormais s&#39;appuyer sur une technologie de pointe. Puisqu&#39;il y a quelques mois, une bathym&eacute;trie haute pr&eacute;cision du Rh&ocirc;ne a pu &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute;e par les sp&eacute;cialistes de Semantic (entreprise bas&eacute;e dans le Var). Gr&acirc;ce aux progr&egrave;s des outils - scanners et sonars bien plus performants qu&rsquo;au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, date de la derni&egrave;re bathym&eacute;trie - cette nouvelle cartographie d&eacute;taill&eacute;e des fonds du fleuve r&eacute;v&egrave;le non seulement les reliefs sous-marins, mais aussi des anomalies jusqu&rsquo;alors invisibles : &eacute;paves, am&eacute;nagements de berges... Analys&eacute;es par Pierre Poveda, ces donn&eacute;es ont mis en &eacute;vidence une quinzaine de nouvelles &eacute;paves.</p> <p>En parall&egrave;le cette ann&eacute;e, les arch&eacute;ologues innoveront en planifiant des plong&eacute;es de reconnaissance l&eacute;g&egrave;res et dispers&eacute;es au fil des mois, en fonction des conditions de visibilit&eacute;. Une premi&egrave;re qui va permettre de gagner un temps consid&eacute;rable lors de la campagne de fouilles, planifi&eacute;e elle d&#39;une ann&eacute;e sur l&#39;autre. &quot;<em>Nous allons nous adapter au fleuve</em>, glisse Sabrina Marlier. <em>Quinze journ&eacute;es de plong&eacute;e sont pr&eacute;vues, avec un d&eacute;marrage possible d&egrave;s la fin de l&rsquo;hiver.</em>&quot;</p> <h2>L&#39;int&eacute;r&ecirc;t de la communaut&eacute; arch&eacute;ologique internationale</h2> <p>Avant cela, les arch&eacute;ologues doivent terminer leurs rapports, inventaires, dessins... Tout en pr&eacute;parant la prochaine phase (en 2026, la campagne de fouilles se d&eacute;roulera du 31 ao&ucirc;t au 2 octobre) et en participant &agrave; des conf&eacute;rences, en France mais aussi &agrave; l&#39;&eacute;tranger. &quot;<em>Ces fouilles dans le Rh&ocirc;ne sont tr&egrave;s suivies par la communaut&eacute; arch&eacute;ologique internationale parce que les d&eacute;couvertes qui sont faites ici sont extraordinaires</em>&quot;, ajoute Sabrina Marlier. Qui, &agrave; titre d&#39;exemple, participera &agrave; la fin du mois &agrave; un colloque international &agrave; Aix et s&#39;envolera en juin pour la Turquie et une nouvelle conf&eacute;rence sur Arles Rh&ocirc;ne 3.</p>
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