<p>Au nord du Groenland, entre blocs de glace et cailloux battus par le vent, une minuscule fleur mauve s’accroche au sol comme si de rien n’était. Elle supporte des nuits à -20 °C, se réveille dès que la neige fond un peu et ouvre ses pétales alors que l’air pique encore les joues.</p> <p>Cette survivante porte un nom discret : <strong><em>Saxifraga oppositifolia</em></strong>, la <strong>saxifrage à feuilles opposées</strong>. L’une des plantes les plus septentrionales du monde, présente jusqu’à environ 83°N sur une petite île du <strong>Groenland</strong>, mais aussi sur les crêtes des Alpes et des Pyrénées. Les chercheurs y voient un trésor pour imaginer les jardins d’hiver de demain.</p> <h2>Saxifraga oppositifolia, la fleur arctique qui colore la glace</h2> <p>Dans la toundra arctique comme en haute montagne, <em>Saxifraga oppositifolia</em> forme des coussins serrés de 3 à 5 cm de haut, plaqués contre la roche. Ses fleurs pourpres éclatent dans les moindres fissures arrosées par l’eau glacée. C’est souvent l’une des toutes premières touches de couleur après des mois de neige uniforme.</p> <p>En France, on la rencontre encore dans quelques secteurs bien exposés du Parc national des Écrins ou des sommets pyrénéens, entre 1 300 et 3 800 mètres d’altitude. Au Canada, elle est devenue la fleur emblématique du Nunavut, où ses pétales sucrés, riches en vitamine C, annoncent pour les communautés inuites la fin du très long hiver.</p> <h2>Les super-pouvoirs antigel de cette saxifrage du Groenland</h2> <p>Son secret commence par la forme même de ses fleurs. En coupe presque parabolique et d’un violet très sombre chargé en anthocyanes, elles se comportent comme de petits capteurs solaires. Au cœur de la corolle, la température grimpe de quelques degrés, jusqu’à environ 3 °C au-dessus de l’air ambiant, assez pour maintenir la photosynthèse près de 0 °C et fleurir autour de -15 °C.</p> <p>À l’intérieur des cellules, un véritable cocktail antigel se met en place. Protéines spécifiques qui bloquent les cristaux de glace, sucres comme le saccharose ou la raffinose qui abaissent le point de congélation, membranes renforcées pour encaisser les contractions du froid : tout est calibré pour survivre à des gels intenses, voire à des expériences de congélation extrême en laboratoire.</p> <h2>Du laboratoire à votre jardin : le futur des fleurs d’hiver</h2> <p>Cette combinaison de bouclier chimique et de silhouette en coussin intéresse de près des équipes comme le Center for Permafrost de l’Université de Copenhague. Leur but n’est pas de remplir les jardins de saxifrages arctiques, mais de décoder leur génome. Des banques de semences telles que le Svalbard Global Seed Vault conservent d’ailleurs ce patrimoine génétique pour les recherches futures.</p> <p>Concrètement, plusieurs pistes s’ouvrent pour que ces super-pouvoirs arrivent un jour jusqu’à vos massifs. Hybridation assistée avec des saxifrages horticoles plus classiques, ou insertion ciblée de gènes de résistance au froid dans d’autres fleurs grâce à la technologie <strong>CRISPR-Cas9</strong> : demain, des pensées ou primevères pourraient garder un peu de l’âme de la saxifrage du Nord, sans exiger un climat de haute montagne.</p> <meta name="original-source" content="https://www.mariefrance.fr/jardinage/cette-incroyable-fleur-qui-pousse-sur-la-glace-du-groenland-pourrait-bientot-arriver-dans-les-jardins-en-france-1236492.html" /><meta name="syndication-source" content="https://www.mariefrance.fr/jardinage/cette-incroyable-fleur-qui-pousse-sur-la-glace-du-groenland-pourrait-bientot-arriver-dans-les-jardins-en-france-1236492.html" /><meta name="robots" content="noindex, follow" />
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