France : pourquoi la régularisation des sans-papiers devient si difficile

Un an après l’entrée en vigueur de la circulaire Retailleau, la régularisation des personnes sans titre de séjour en France connaît un net recul. Les chiffres officiels montrent une baisse marquée des admissions, tandis que de nombreux étrangers en situation irrégulière attendent toujours une réponse de l’administration. Derrière ces statistiques, des parcours individuels illustrent les effets concrets de ce durcissement.

Selon les données communiquées par le ministère de l’Intérieur, le nombre de régularisations de sans-papiers a diminué de 42 % au cours des neuf premiers mois de l’année 2025 par rapport à la même période de l’année précédente. Cette baisse est encore plus marquée pour les régularisations par le travail, qui reculent de 54 % sur la même période. Entre janvier et septembre 2025, seuls 666 titres de séjour ont été délivrés au titre des « métiers en tension ».

Cette évolution intervient dans un contexte de durcissement administratif. Le 23 janvier 2025, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, a diffusé une circulaire demandant aux préfets de restreindre l’accès à l’admission exceptionnelle au séjour (AES). Le document précise que la régularisation doit rester exceptionnelle et rappelle plusieurs critères renforcés pour l’examen des dossiers.

La circulaire Retailleau et ses nouvelles exigences

Depuis janvier 2025, un étranger en situation irrégulière souhaitant demander une AES doit justifier de sept années de présence sur le territoire français, d’un niveau certifié de maîtrise du français et ne jamais avoir fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). La circulaire demande également aux préfets d’assortir systématiquement les refus de titre de séjour d’une OQTF.

Parallèlement, la loi immigration de 2024 a instauré un dispositif spécifique pour les travailleurs occupant des métiers dits « en tension ». Environ 80 secteurs sont concernés. Pour prétendre à un titre de séjour, les salariés doivent présenter au moins 12 mois de bulletins de salaire sur les 24 derniers mois et justifier de trois ans de résidence en France. En Île-de-France, par exemple, dans le secteur du nettoyage, seul le métier d’aide-ménagère à domicile figure sur cette liste, excluant d’autres fonctions comme plongeur ou agent de nettoyage industriel.

Des parcours individuels confrontés aux règles administratives

À Paris, Ladji, 38 ans, originaire de la République démocratique du Congo, vit en France depuis 2016. Employé en CDI comme plongeur, il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour le 7 octobre 2025. Une première demande avait échoué après la perte de son dossier, selon ses déclarations au média Info Migrants. Chaque procédure lui a coûté environ 700 euros de frais d’avocat. Malgré ses fiches de paie, ses justificatifs de présence et sa maîtrise du français, il sait que son métier ne figure pas parmi ceux reconnus comme en tension.

Edwige, 41 ans, également congolaise, vit en France depuis quatre ans et travaille en CDI dans une entreprise de nettoyage. Elle prévoit de déposer une demande en mars 2026, après avoir réuni 24 fiches de paie consécutives. Toutefois, une OQTF délivrée lors d’une précédente demande refusée reste inscrite dans son dossier. Elle craint que cette décision administrative antérieure constitue un motif de rejet, même si sa situation professionnelle répond désormais aux critères.

OQTF et difficultés de renouvellement des titres de séjour

La loi immigration de 2024 a porté la durée de validité d’une OQTF à trois ans, contre un an auparavant. Dans la pratique, selon des représentants syndicaux, une OQTF plus ancienne peut toujours être opposée lors d’une nouvelle demande si l’étranger ne peut pas prouver son exécution. Jean-Albert Guidou, membre du pôle confédéral « Travailleurs migrants » de la CGT, évoque des situations où des OQTF datant de plus de dix ans sont prises en compte par les préfectures.

Les difficultés ne concernent pas uniquement les premières demandes. Le renouvellement des titres de séjour pose également problème. Des étrangers présents depuis parfois 20 ans en France, disposant d’un emploi stable, se voient refuser le renouvellement de leur carte. Les retards administratifs aggravent la situation.

En Seine-Saint-Denis, département accueillant le plus grand nombre d’étrangers, les services préfectoraux traitent encore des dossiers déposés fin 2022. En janvier 2026, une demande de renouvellement déposée en août 2025 a donné lieu à un rendez-vous fixé en mars 2026, laissant la personne concernée plusieurs mois sans titre valide.

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Source : ObservAlgerie

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